3ème décade Printemps 1487
(donc pendant l'ellipse)
Sourcedésert n'avait guère gardé de souvenir de leur déménagement à la Valée K'Sheyna. Elle savait qu'elle l'avait demandé à Pluiechantante, déjà parce que Pluie n'aurait pas pris cette décision sans son accord et ensuite parce que Solys le lui avait confirmé.
Ça avait été la bonne décision. La Kestra'chern Kaled'a'in et le guérisseur de l'esprit Valdemaran avaient fait des miracles, mais ils n'étaient pas Tayledras et ils étaient trop impliqué personnellement avec elle pour faire du bon travail. Dans sa vallée, elle avaiot été accompagné par des spécialistes et en plus, elle savait que la congrégation magique locale ne la laisserait jamais faire de catastrophes. Ils avaient son savoir, à défaut de sa puissance. Ici, elle avait pu baisser ses défenses. Ici, elle pouvait juste être une malade, pas une Adepte.
En fait, c'était peut être le point le plus important. Ici, elle se sentait réellement protégée d'elle-même. Ici, elle avait pu vivre son deuil.
Contrairement à ce qu'elle aurait pensé, on ne la poussa pas à se lier de nouveau immédiatement. En fait, il remarqua qu'on interdisait aux oiseaux "célibataires" de l'approcher, au début. Elle n'avait pas vraiment compris la logique, mais elle s'était laissé porter.
Au bout de quelques semaines, elle commença à retrouver une autonomie de vie. Plus besoin de surveiller qu'"elle mange, qu'elle se lave ou qu'elle boive. Elle avait retrouvé la capacité à s'occuper d'elle-même. Soulagement du côté des guérisseurs du corps qui s'inquiétaient pour sa grossesse.
Un jour, elle commença à entrainer sa compagne dans des promenades pour lui montrer la vallée. Pour l'explorer ensemble, en fait, puisqu'elle avait quitté le clan lors du transfert de la communauté sur ce nouvel endroit. Elle se doutait bien que Pluie avait déjà exploré l'endroit, mais avec sa sensibilité habituelle, elle ne le lui fit pas remarquer. Au bout de quelque temps, elle recommença à interagir avec Cielété comme avant.
Puis elle présenta Pluie à sa grand mere. Pareil, si la rencontre avait précédé les présentations, personne n'en fit la remarque, pas même Mamie Ehva. L'adepte compris a ce moment-là que sa grand-mère avait vraiment eu peur de la perdre. C'était la seule chose qui aurait pu lui épargner le sarcasme.
Au bout de deux saisons, elle commença à remarquer des oiseaux liges sans lien autour d'elle. On l'estimait prête? En caressant son ventre gravide, elle s'était demandé si elle était prête. Le silence dans son âme était étouffant. Elle voulait le remplir. Mais elle décida de ne pas se précipiter. Elle avait encore quelques semaines de grossesse à vivre. Elle envisagerait sérieusement la chose à ce moment-là.
Elle ne repoussa pas les candidats pour autant. Elle les accueillit; les découverts. Certains l'amusaient, d'autres l'agaçaient, mais il y avait des partenaires intéressants.
Quand Fauconagile vint au monde et qu'elle expliqua au nouveau-né qu'elle lui offrait un nom en hommage à un oiseau formidable, avant de le déposer dans les bras de sa mère, elle sentit un poids s'envoler de son coeur et de son épaule. Comme si une part de Fynal était restée avec elle tout ce temps s'en allait enfin. Ce n'était plus le déchirement de la chute. C'était plus doux-amer.
Pendant ses relevailles, elle se rapprocha d'Erin, une Sterne arctique qui avait elle aussi perdu une personne essentielle dans l'année. Son partenaire de nid. Il leur sembla qu'elles formaient un beau couple, qu'elles se comprenaient.
Quelque temps après, elles étaient liées et Source reprit doucement le travail.
Mais elle comprenait aussi que... qu'elle ne resterait pas dans la vallée. Ce n'était plus chez elle.
Elle savait que ce ne serait pas bien pris par le clan, donc elle resta discrète, mais un jour, elle rentra à leur ekele alors que la vallée bruissait de l'indignation des mages à qui elle avait dit qu'elle ne serait plus la gentille petite adepte du clan. Qu'elle partirait probablement un jour.
Mais elle rentra en gloussant d'avoir semé tant de de ramdams. Elle embrassa son aimée referma l'ekele sous les cris d'oiseaux liges qui résonnaient dehors.
"J'ai jeté un pavé dans la marre!"