2e jour 5ème décade d'été 1489
Quelques jours aprèsVocalises (https://www.valdemar.fr/forum/index.php?topic=1716)
Après quelques jours de fièvre, bien maitrisée par les talents et la magie de guérison, et quelques jours de convalescence, il était temps pour Stefan de quitter les maisons de guérisons. Alder, son guérisseur réfèrent était réticent, il le trouvait encore trop fragile, surtout après sa fièvre, mais sans hésitation, Stefan en avait appelé à Charwin, qui était un ami, mais qui avait longtemps aidé le jeune homme à gérer sa relation pourrie avec ses parents.
Si Charwin était craint de bien des hérauts ou d'autres gens refusant de voir leur santé mentale en face, Stefan ne faisait pas partie de ceux-là. À grandir au collegium, il avait connu Charwin tôt et sans l'implacable guérisseur, son manque de don et le mépris de ses parents qui en découlait auraient sans doute détruit l'estime personnelle du ménestrel. Avec son soutien, il avait pu se concentrer sur ce qui était en son pouvoir et voir ses parents comme ce qu'ils étaient: deux narcissiques qui n'auraient aimé leur fils que sous condition.
Charwin savait que si Stefan gérait sa relation à ses parents correctement quand ils étaient loin, ils pouvaient fortement le bouleverser quand ils étaient là. C'était lui qui avait encouragé le Ménestrel à nourrir ses envies de voyage. Et si plus d'une personne considérait son habitude de fuite comme malsaine, le thérapeute la voyait telle qu'elle était: une saine façon de gérer une situation malsaine.
Rester à la maison de guérison, dans l'enceinte du palais, c'était un risque. Tôt ou tard, ses parents sauraient qu'il était là. Il était bon pour sa santé mentale qu'il s'éloigne, dès que médicalement possible. D'autant plus que, contrairement à nombre de hérauts, par exemple, Stefan était reconnu par Charwin pour savoir demander de l'aide et il avait la confiance du praticien: si quelque chose n'allait pas, il préviendrait le cercle de guérison.
Une fois Alder avait donné son accord un peu forcé, Stefan avait fait prévenir son amie et camarade Liselle. Il lui avait confié sa bourse et son enthousiaste amie avait vite été lui louer une chambre en ville. Il n'avait pas eu besoin de lui expliquer le problème. Elle savait...
Tout était prêt pour le transport le lendemain, mais...
Mais en fin d'après-midi, le deuxième jour de la cinquième décade d'été, une femme habillée d'une robe à la dernière mode de la cour, mais écarlate barde franchit la porte de sa chambre. Stefan retint un grognement de dépit.
"Un grand voyageur comme toi, tu ne sais plus marcher?"
La voix riche et grave, parfaitement maitrisée, qui lancait une pique, mais qui la déguisait en affection. Comme toujours, l'enfant en lui se recroquevilla dans son âme, toujours aussi blessé de savoir qu'il ne pourrait jamais satisfaire ses demandes absurdes. Puis, comme toujours, la colère se réveilla. L'adulte qu'il était devenu s'interposa entre le coeur brisé de l'enfant et celle qui aurait du les aimer sans conditions.
Il prit une longue inspiration, retenant la pique qui lui brulait les lèvres. Il savait que partir dans la joute verbale ne marcherait pas. Ça empirerait la situation, et il n'était pas à l'abri qu'elle joue la corde sensible en "laissant échapper son don". Ce qui était hautement inéthique, mais qu'elle réussissait toujours à faire passer pour un accident.
"Vous savez que je ne veux pas vous voir, mère, partez."
"Une mère ne peut pas venir rendre visite à son fils convalescent?"
"Pas quand le fils en question ne veut pas la voir."
"Pour qui me fais-tu passer, mon fils ?"
Serrant les dents, il s'empêcha de lui répondre que puisqu'il était si terrible, elle devrait le renier. Ça ne changerait rien. Elle n'était pas là pour lui, elle ne l'estimait pas plus que la souillon qui nettoyait ses latrines, mais elle était critiquée pour son mépris, donc elle feignait l'affection maternelle pour les apparences. Si Stefan se laissait aller à être aussi ignoble qu'elle le méritait, soit elle utiliserait son don, soit elle se ferait passer pour la victime d'un fils ingrat. Il savait que la seule stratégie viable, c'était le refus d'interagir.
"Alder!" Appela-t-il "J'avais dit pas de visite!"
[Enora?]