Valdemar RPG

Palais - Collegia => Palais => Discussion démarrée par: Dyalwen de Bordebure le 01 septembre 2026, 13:50:56

Titre: Gâteau et cadeau
Posté par: Dyalwen de Bordebure le 01 septembre 2026, 13:50:56
9ème jour de la 3ème décade d’hiver 1486 - Fin d’après-midi

Les vacances se terminaient tout juste et Dyalwen avait eu peur de ne pas être rentrée à temps. Heureusement le voyage depuis Bordebure s’était  déroulé sans encombre, et ils étaient tous – Grand-père, Dubhán, Alemdar et Jeremahiam – arrivés à la capitale la veille au soir, si bien que la Grise avait eu le temps de descendre en ville récupérer sa commande auprès d’un artisan et de passer en cuisine avant de prendre la direction des chambres des pages.

Alors qu’elle avançait dans le couloir, elle sentait Tisia piaffer d'impatience dans son esprit. Depuis leur rencontre à la Mini-Vallée l’été dernier, le Compagnon s’était peu à peu pris d’affection pour Sou. Au début, c’était à moitié pour faire plaisir à son Élue et à moitié pour relever le défi d’apprivoiser la petite page, mais plus le temps passait et plus elle était contente de la croiser et de la voir vaincre ses peurs petit à petit. C’était même elle qui avait suggéré à Dyalwen de se renseigner pour connaître la date de son anniversaire. La petite méritait d’être récompensée pour ses efforts et pas seulement par une peluche ! Bon, il fallait reconnaître que l’enquête n’avait pas été trop difficile à mener, il avait suffi de demander à la gouvernante. La suite avait demandé un peu plus d’efforts. Tisia et Dyalwen s’étaient creusé la cervelle pour trouver une idée et prévoir le coup avant les vacances. Et, à présent que le jour J était arrivé, le Compagnon avait hâte de connaître la réaction de Sou. Après tout, elles l’avaient choisi à deux, ce cadeau !

Les bras chargés d’une assiette des cuisines – et le paquet surprise bien caché dans sa besace – Dyalwen s’arrêta devant la porte que la gouvernante lui avait indiquée comme étant celle de Sou. Toujours selon la brave femme, la petite page était libre en cette fin de journée. La Grise frappa doucement.

« Sou ? Tu es là ? »



Un jour comme un autre. Sou n'avait jamais vu ce qui différenciait ce jour des autres. Elle avait un an de plus, la belle affaire. D'autant que ses parents ne s'étaient jamais préoccupés de ce détail. Entre un père avide et une mère radin ce n'était pas les cadeaux qui pleuvaient à la maison.

Certes certaines de ses camarades de chambrée annonçaient l'événement plusieurs jours à l'avance et la jeune fille offrait alors un ruban ou un colifichet. Mais dans son cas elle s'était tue, haussant les épaules quand par hasard ou curiosité on lui posait la question.

Assise sur son lit l'enfant est penchée sur un livre quand on toque à la porte en annonçant son nom. Etonnement dans la chambrée. Personne ne vient voir Sou, si ce n'est la gouvernante. Loupia lève les yeux de son ouvrage de dentelle.

"Tu as fait une bêtise ?"

Sou ayant reconnu la voix de Dyalwen secoue la tête.

"C'est Dya. Elle est revenue de son voyage. - Et Hiam aussi du coup. Ce qui l'enchantait, pour l'une comme pour l'autre.
- Je vois."

La jeune page se déplie et ouvre la porte de la chambre. Passant dans le couloir elle laisse celle-ci se refermer dans son dos.

"Bonjour Dya. - dit-elle avec un sourire de bienvenue. - C'était bien tes vacances ? Tu n'avais pas besoin de venir me prevenir de ton retour, j'etais au courant."



Un sourire heureux se dessina sur les lèvres de Dyalwen lorsque Sou ouvrit la porte. Non seulement la gouvernante avait vu juste mais en plus la fillette se trouvait bien dans sa chambre.

« Bonjour, » la salua-t-elle pendant que la porte se refermait derrière elle, les isolant des camarades de la fillette.

Le simple surnom utilisé par la page – et que seul son frère employait à Haven – accentua le sourire de la rouquine. Il paraissait loin le temps où Sou lui donnait du « Mademoiselle de Bordebure » sans oser la regarder dans les yeux.

« C’était bien, oui. Et je me doute que tu étais au courant – les pages savaient toujours beaucoup de choses – mais ça n’empêche pas de venir te voir, si ? »

Tisia s’impatientait vraiment dans son esprit alors Dyalwen ne tergiversa pas plus.

« Et de te donner ça. Joyeux anniversaire, Sou. »

Elle lui tendit l'assiette, qui contenait un gâteau. Il avait une bonne tête sinon excluait un côté un peu trop doré. La cuisine ne faisait pas vraiment partie des compétences de la Grise mais, avec l'aide du cuisinier, elle avait réussi quelque chose de présentable. Elle espérait qu'il serait bon également.



"Honhon..." sourit la gamine tout en secouant negativement la tête en réponse à la Grise. Elle avait parfaitement le droit de venir la voir. Mais pas trop souvent. Sinon ses camarades pourraient pretendre qu'elle avait vraiment des amis. Ce qui était vrai. Mais encore trop récent pour Sou pour qu'elle soit à l'aise avec l'idée.

La fillette ouvre de grands yeux étonnés devant l'assiette et le gâteau. Elle prit machinallement l'assiette dans ses mains. Et se trouva fort dépourvue de mot. Elle n'avait pas prévu un cas de ce genre et se trouvait démunie. Dans l'absolu c'était bien d'avoir un gâteau. Sou ne crachait pas sur une confiserie de temps en temps. Mais surtout elle ne savait pas si elle devait inviter Dyalwen dans la chambre et partager avec tout le monde ou s'enfuir en l'emportant tel un trésor important. Pourtant elle ne pouvait pas le cacher dans son coffre comme la peluche, qu'elle avait acceptée avec presque autant de surprise que de retenue. Mais qui faisait parti des quelques affaires auxquels elle tenait.

"Mer...ci" finit-elle par balbutier. "Je... On pourrait aller le manger..." Le meilleur endroit aurait été dans les jardins mais il faisait trop froid et avec la neige cela aurait été désagréable. Du coup elle ne sait plus que dire.



Le sourire de Dyalwen se fait plus doux en voyant la fillette bafouiller. Visiblement, ça lui faisait plaisir, ce qui était le but, mais la Grise ne put s'empêcher de ressentir un petit pincement de coeur. Comme pour la peluche, la retenue et l'hésitation de Sou laissait supposer qu'elle n'avait pas trop l'habitude des cadeaux. N'avait-elle rien reçu d'autre aujourd'hui ?

Donne lui son cadeau alors !
Pas tout de suite, elle a déjà les mains prises.

« C'est fait pour, répondit donc la rouquine à la proposition de la petite page. Où veux-tu aller ? – après tout, c'était son jour, elle pouvait choisir – Tu peux partager avec tes camarades si tu veux ou... »

Et moi ?

Dyalwen sourit un peu plus.

« ... Ou Tisia propose qu'on aille la retrouver. Il suffit de trouver une fenêtre qui donne dehors. »

Ou de rejoindre les écuries des Compagnons. Il y ferait  chaud mais la Grise n'était pas certaine que Sou se sente à l'aise à l'idée de croiser plusieurs Compagnons d'un coup.



Sou n'était pas certaine de vouloir partager le gâteau avec ses camarades. Avec la Grise c'était déjà plus envisageable puisque après tout c'est elle qui le lui avait amené. L'enfant s’efforçant toujours de ne pas paraître cupide ou rapiat mais tout ce qu'elle trouvait (et non volait) ou qu'on lui donnait, voir même plus récemment qu'elle achetait était à elle. A elle uniquement et elle le protégeait.

Sou ouvre la bouche, encore indécise et pas certaine de vouloir voir Tisia. Mais une fenêtre et un bout de mur la protégerait. C’était une idée ridicule, vu que Sou soupçonnait fortement que le Compagnon pourrait très bien pulvériser cette même fenêtre si elle le voulait. La petite la connaissait heureusement suffisamment maintenant pour être a peu près certaine qu’elle ne le ferrait pas.

Une fois sa décision prise, la jeune fille hoche la tête et annonce. "Il y a une salle d’étude de musique pas très utilisée, on devrait être tranquille si tu veux bien."

Elle explique rapidement à Dyalwen à quelle fenêtre devait se poster Tisia pour les rejoindre. Puis en faisant attention à ne pas faire tomber le contenu de l’assiette les mène jusqu’à la petite pièce. Froide et déserte, Sou dépose le gâteau sur un guéridon et s’active à ranimer le feu. Apercevant la silhouette blanche au dehors elle va ouvrir la fenêtre, non sans se reculer tout de même lorsque la tête de la bête s’avance.

“Elle ne va pas avoir trop froid ?” demande t’elle en se tournant vers Dyalwen. Sou utilisait souvent la Grise comme si elle était un intermédiaire entre elle et le Compagnon. Comme si celle-ci ne pouvait pas la comprendre. Et s’il lui arrivait maintenant d’arriver à la caresser, voir à lui faire des tresses dans la crinière c’était toujours après en avoir demandé la permission à la cavalière.

“On le mange ce gâteau ?” Demande t’elle ensuite avec bien plus d’enthousiasme que dans le couloir et en sortant son coutelas. “Elle en veut ?”



La petite semblait hésiter mais Dyalwen lui laissa le temps de se décider. Malgré le courage dont elle faisait preuve pour vaincre sa peur, il était évident qu’elle n’était pas toujours très à l’aise en compagnie de Tisia et elle avait le droit de ne pas vouloir d’efforts le jour de son anniversaire. Tout comme elle avait le droit de préférer partager son gâteau avec ses amis.

On est ses amies aussi, riposta l’espèce de mule blanche dans la tête de la Grise.

Dyalwen ne répondit rien à son Compagnon parce que Sou venait de se décider. Pour sa compagnie et celle de Tisia.

« Ce sera parfait, » répondit la rouquine.

Elle transmit les indications de la fillette à Tisia avant d’emboîter le pas à Sou, sa besace battant sa cuisse au rythme de ses pas. Arrivée à destination, elle fut un peu désolée de voir la petite page allumer le feu – elle n’était pas là pour travailler – mais se raisonna vite – elle, elle aurait mis deux fois plus de temps. Et elle ne put s’empêcher de sourire en la voyant ouvrir la fenêtre, tandis que Tisia se retenait d’avancer trop vite sa tête. Elle n’aurait pas dit non à quelques caresses mais connaissait suffisamment leur jeune amie pour savoir que ce n’était pas avec un mouvement brusque qu’elle les obtiendrait.

« Ne t’inquiète pas pour elle, rit Dyalwen, elle est capable de rester toute la journée dans le Champ malgré ce froid. »

Et elle a bien choisi, je suis à l’abri du vent.

« Et elle précise que tu as bien choisi parce que là, elle est à l’abri du vent. »

L’enthousiasme de la fillette agrandit le sourire de la Grise qui hocha la tête tandis que Tisia soufflait doucement par les naseaux.

« Elle en veut, » traduisit Dyalwen.

T’as pas mis de carottes, je parie.
Non.
Et pas d’avoine non plus ?
Ben non.
Pfff.


« Et elle râle parce que je n’y ai mis ni carotte ni avoine. »

La rouquine s’assit sur une chaise disponible.

« Tu as pu profiter des vacances, un peu ? Te reposer ? Ça devait être plus calme, non ? »



Sou rougit légèrement alors que la Grise lui indiquait que son Compagnon était agréablement installée grâce à elle. Une partie d'elle - celle toujours assoiffée de la moindre bonne attention à son égard -  voulait s'en attribuer le mérite et une autre sachant pertinemment que ce n'était qu'un hasard. La fillette choisit de se taire et d'engranger l'information. Peut-être resservirait-elle en d'autres circonstances.

Le gâteau rapidement découpé la petite se mit en devoir de servir tout en souriant à la déception de Tisia.

"Je préfère l'avoine dans une bonne bouillie bien chaude avec plein de miel que dans un gâteau."

Quand aux carottes... Elles avait bien trop mangé de légumes bouillies trois fois dans sa vie d'avant pour aimer les légumes. C'était bien d'un démon que d'apprécier ces choses, songea t'elle non sans humour mais sans oser le dire à voix haute.

Elle mit une part dans les mains de Dya avant de déposer une autre sur le rebord à porté de dent de Tisia. Enfin elle alla se pelotonner sur un coussin aussi prêt du feu que possible sans commencer à sentir le roussi avec son propre morceau.

"J'ai passé quelques jours chez maman." - Dit-elle d'une voix inexpressive. Ce qui signifiait que sa mère avait été d'humeur égale à elle-même, jalouse, vindicative, peu aimante et consacrant à sa fille juste assez d'attention pour qu'elle s'assure d'en garder l'affection. Sou étant tout aussi incapable de lui en vouloir que parfaitement consciente de ses manipulations.

"Ma sœur parle de se marier. Mais c'est un vaurien et pire. Mais elle ne le voit pas."

Il est comme Antoine ! Il lui ferra beaucoup de mal. Elle grimace, mal à l'aise.

"Et j'ai profité de mon temps libre pour avancer dans mes devoirs et mon professeur de Luth m'apprend une Complainte parce qu'il trouve que mes doigts vont toujours trop vite."

Sou grignota un bout de gâteau avant de demander.

"Et toi ? Ta famille devait être contente de te revoir. Est-ce que ça a plu à Jeremahiam ?"
Titre: Re : Gâteau et cadeau
Posté par: Dyalwen de Bordebure le 01 septembre 2026, 13:54:06
On peut mettre du miel dans un gâteau aussi, répondit Tisia à la remarque de Sou.

« Elle dit qu’elle n’a rien contre le miel, avec l’avoine, » traduisit Dyalwen en se retenant de rire.

La réponse de la gamine quant à ses occupations pendant les vacances, en revanche, ne prêtait pas à rire. Sa voix neutre lui attira un regard interrogateur de la Grise et du Compagnon, mais aucune des deux n’osa poser de question plus précise, pas même Tisia-la-Commère. Une fillette comme Sou aurait dû être heureuse et enthousiaste de retrouver sa famille pendant quelques jours, non ? Quant au mariage de sa sœur... la Grise n’était sans doute pas la plus à même de juger.

« Il faudrait trouver un moyen de lui faire voir, peut-être ? » suggéra-t-elle à voix basse, sans trop insister.

Elle ne savait même pas vraiment ce que Sou voulait dire. La rouquine ne savait pas exactement de quel milieu venait sa jeune amie ou quel genre d'hommes pouvait fréquenter sa sœur. Mais la conversation passait à quelque chose de plus léger et Dyalwen ne put retenir un petit rire à la mention des cours de luth.

« Je serais curieuse de t’entendre jouer un jour, si tu veux bien, déclara-t-elle. Je n'ai jamais été très douée en musique. »

Elle avala un morceau de gâteau – pas trop mauvais pour un de ses essais, heureusement que le cuisinier avait supervisé l'affaire – avant de sourire.

« Mère avait l'air surtout un peu stressée de voir arriver le Héraut du Roi et son frère. Mais ma petite sœur était contente, oui. Pour Jeremahiam, j'espère que oui. Je n'ai pas eu l'impression qu'il s'était trop ennuyé. »

Elle avait craint que les deux princes Rethwellanais ne trouve Bordebure trop campagnard, mais ils avaient l’air de s’être reposés et d’avoir profité de leurs vacances. Elle sourit au souvenir des jeux d’épée avec le Héraut du Roi – et à l’air fier de Grand-Père qui contrebalançait le visage dépité de Mère devant ces activités si peu féminines – et Tisia lui avait rapporté qu’il avait passé beaucoup de temps avec Taver.

Pas comme une autre qui a négligé son Compagnon…

« Tisia se plaint d’avoir été terriblement négligée, mais en réalité elle est ravie que Veladora soit restée au domaine… »

Traîtresse.

« … et que nous ayons eu le temps de passer en ville en rentrant pour récupérer ça. »

La Grise sortit le petit paquet de sa besace et le tendit à Sou, tandis que Tisia observait avec attention le visage de la petite.

« Joyeux anniversaire, Sou. »

Il contenait une petite bourse en cuir et un étui à couteau à accrocher à la ceinture. Dyalwen n’était pas très au fait de la mode vestimentaire ou des bijoux et colifichets qui faisaient envie aux jeunes filles de la capitale, mais elle savait juger de la qualité du travail du cuir. L’artisan qu’elle avait repéré en ville faisait du bon travail, pas aussi ouvragé et tape-à-l’œil que ce que cherchaient certains nobles, mais solide et résistant, avec des coutures qui tenaient la route et quelques décorations discrètes en relief qui donnaient de la personnalité à ses ouvrages tout en restant discrètes.