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Haven / Re : [Eclipse] On se fait une Toile?
« le: 16 septembre 2026, 12:25:36 »
Par certains aspects, Sou pouvait être encore très enfantine. Yvelin trouvait ça charmant, et il espérait qu'elle ne grandirait pas trop vite.
«Hmm, je sais qu'il n'y peut rien s'il est agréable à voir, et que j'ai théoriquement le droit de baver sur lui, mais...» Mais baver sur l'homme qu'on avait quitté pour son bien, ce n'était pas vraiment très sain. « ... mais beaucoup d'hommes sont très sensibles sur ce point... tu sais, que d'autres hommes puissent les admirer. Ce qui est amusant, c'est que j'ai l'impression que les femmes prennent ça moins mal. D'être admirées par d'autres femmes, donc.»
Sa tactique pour détourner l'attention de sa pupille tomba évidemment à plat. Il dût se retenir de se frapper le front. Quel maladroit!
«Je suis désolé, Sou. C'était très indélicat de ma part. Je sais bien que ce que j'ai vécu est plutôt... risible quand je me compare à d'autres. J'essaie de ne plus me complaire dans ma misère, mais je reste un Barde, et c'est un peu notre fond de commerce.»
Yvelin prit le morceau de tarte d'un air coupable. Il faisait une gaffe et on le récompensait? Sans trop se poser de question, il l'avala rapidement, essayant de ne pas se tacher. Puis il sortit un mouchoir de sa poche pour s'essuyer les doigts, tandis que Sou lui expliquait s'être enfuie pour échapper à une dispute.
« Alors, là, je peux te répondre. Il y a des gens qui fondent toute leur relation sur le fait de s'engueuler. Il y a des couples qui ne fonctionnent que comme ça...Et après, les réconciliations n'en sont que plus passionnées...» Yvelin réalisa qu'il s'était peut-être montré indiscret. « Hum... je ne dis pas qu'elles sont en couple, hein. Il y a peut-être des amitiés qui fonctionnent comme ça.» Il en doutait sincèrement, mais le monde était vaste.
Happé par sa petite crise personnelle, Yvelin en avait presque oublié l’éclipse. Le bruit ambiant se chargea de lui rappeler la raison de sa présence. Quand il leva la tête pour regarder la toile, il en fut un peu ému. Il avisa aussi Stefan, le ménestrel, avec lequel il avait passé quelques moments agréables. Il attira son attention d'un geste et lui adressa un sourire qui ne laissait que peu de doutes sur la nature de leur relation.
Tout émerveillé à la fois par l'éclipse et amusé par la présence du beau blond (il avait définitivement un truc pour les blonds), il fut pris de court par la remarque un peu blasée de la jeune fille.
« J'imagine... que c'est parce que les histoires sont écrites par des gens très doués, et que dans la réalité, la qualité de la narration est... variable? » Il sourit. « Attends, je vais rendre ça magique.»
Il prit quelques instants pour réfléchir.
« Sieur Soleil était habitué à régner en maître sur les cieux diurnes. Tous dépendaient de sa magnanimité, car sans lui, les oiseaux s'égaraient, les plantes fanaient et les hommes désespéraient. Il était majestueux et ineffable. Un jour, pourtant, sa superbe lui fit défaut. Au loin, il aperçut un éclat merveilleux, à tel point qu'il en perdit ses mots. La maîtresse de la nuit, Dame Lune, s'était invitée dans son domaine.
Sa peau était plus pâle que l'ivoire le plus pur, et sa beauté faisait monter les larmes aux yeux des poètes, des amants et des malheureux. Tandis qu'elle s'approchait de lui, il ne pouvait que regarder, figé, transfixé par tant de beauté. La mer elle-même ne pouvait que lui obéir au doigt à l'œil. Que pouvait-il donc faire face à tant de grâce?
Immobile, muet, il la regarda s'approcher de lui. Quand dame Lune arriva à sa hauteur, elle posa ses doigts diaphanes sur son torse et leva sur lui ses yeux indigo. Comment osait-elle? Et pourtant... pourtant il sentait remuer en lui le souvenir d'une émotion passée, d'un amour lointain et oublié. Oui, tous deux s'étaient déjà croisés, rencontrés, chassés à travers les cieux. Aimés, peut-être...
- M'accorderez-vous cette danse, belle dame?
Dame Lune sourit et acquiesça d'un mouvement de tête gracieux qui fit onduler ses cheveux d'argent.
- Je pensais que vous ne le demanderiez jamais.
Sieur Soleil rougit, gêné par sa rudesse.
Leur danse était majestueuse. À chaque tour de piste, les deux êtres se rapprochaient toujours davantage. Quand enfin ils furent peau contre peau, dame Lune déposa un baiser sur les lèvres de sieur Soleil. Il ne dura qu'un instant, mais cet instant était de l'étoffe de l'éternité. Sieur Soleil, chamboulé, ému, se perdit dans les yeux piquetés d'étoiles de dame Lune. Ses lèvres étaient douces et fraîches, nostalgiques et rêveuses. Quand leurs bouches se séparèrent, se fut comme un déchirement. Surpris, sieur Soleil ne parvint pas à retenir sa belle tandis qu'elle s'éloignait maintenant de plus en plus, à chaque pas, à chaque ronde.
Et soudain, dame Lune n'était plus dans ses bras. Elle continuait sereinement sa route, et lui, figé par un sentiment puissant et douloureux, ne pouvait la poursuivre.
Il fut seul à nouveau.
- C'était un rêve... juste un rêve.»*
Le silence s'était fait autour de lui. Son Don, même utilisé parcimonieusement, avait donné corps à son histoire. Et, finalement, n'était-ce pas là le rôle d'un Barde, de rendre le quotidien plus magique?
« C'est mieux?» ajouta-t-il à l'adresse de Sou.
«Hmm, je sais qu'il n'y peut rien s'il est agréable à voir, et que j'ai théoriquement le droit de baver sur lui, mais...» Mais baver sur l'homme qu'on avait quitté pour son bien, ce n'était pas vraiment très sain. « ... mais beaucoup d'hommes sont très sensibles sur ce point... tu sais, que d'autres hommes puissent les admirer. Ce qui est amusant, c'est que j'ai l'impression que les femmes prennent ça moins mal. D'être admirées par d'autres femmes, donc.»
Sa tactique pour détourner l'attention de sa pupille tomba évidemment à plat. Il dût se retenir de se frapper le front. Quel maladroit!
«Je suis désolé, Sou. C'était très indélicat de ma part. Je sais bien que ce que j'ai vécu est plutôt... risible quand je me compare à d'autres. J'essaie de ne plus me complaire dans ma misère, mais je reste un Barde, et c'est un peu notre fond de commerce.»
Yvelin prit le morceau de tarte d'un air coupable. Il faisait une gaffe et on le récompensait? Sans trop se poser de question, il l'avala rapidement, essayant de ne pas se tacher. Puis il sortit un mouchoir de sa poche pour s'essuyer les doigts, tandis que Sou lui expliquait s'être enfuie pour échapper à une dispute.
« Alors, là, je peux te répondre. Il y a des gens qui fondent toute leur relation sur le fait de s'engueuler. Il y a des couples qui ne fonctionnent que comme ça...Et après, les réconciliations n'en sont que plus passionnées...» Yvelin réalisa qu'il s'était peut-être montré indiscret. « Hum... je ne dis pas qu'elles sont en couple, hein. Il y a peut-être des amitiés qui fonctionnent comme ça.» Il en doutait sincèrement, mais le monde était vaste.
Happé par sa petite crise personnelle, Yvelin en avait presque oublié l’éclipse. Le bruit ambiant se chargea de lui rappeler la raison de sa présence. Quand il leva la tête pour regarder la toile, il en fut un peu ému. Il avisa aussi Stefan, le ménestrel, avec lequel il avait passé quelques moments agréables. Il attira son attention d'un geste et lui adressa un sourire qui ne laissait que peu de doutes sur la nature de leur relation.
Tout émerveillé à la fois par l'éclipse et amusé par la présence du beau blond (il avait définitivement un truc pour les blonds), il fut pris de court par la remarque un peu blasée de la jeune fille.
« J'imagine... que c'est parce que les histoires sont écrites par des gens très doués, et que dans la réalité, la qualité de la narration est... variable? » Il sourit. « Attends, je vais rendre ça magique.»
Il prit quelques instants pour réfléchir.
« Sieur Soleil était habitué à régner en maître sur les cieux diurnes. Tous dépendaient de sa magnanimité, car sans lui, les oiseaux s'égaraient, les plantes fanaient et les hommes désespéraient. Il était majestueux et ineffable. Un jour, pourtant, sa superbe lui fit défaut. Au loin, il aperçut un éclat merveilleux, à tel point qu'il en perdit ses mots. La maîtresse de la nuit, Dame Lune, s'était invitée dans son domaine.
Sa peau était plus pâle que l'ivoire le plus pur, et sa beauté faisait monter les larmes aux yeux des poètes, des amants et des malheureux. Tandis qu'elle s'approchait de lui, il ne pouvait que regarder, figé, transfixé par tant de beauté. La mer elle-même ne pouvait que lui obéir au doigt à l'œil. Que pouvait-il donc faire face à tant de grâce?
Immobile, muet, il la regarda s'approcher de lui. Quand dame Lune arriva à sa hauteur, elle posa ses doigts diaphanes sur son torse et leva sur lui ses yeux indigo. Comment osait-elle? Et pourtant... pourtant il sentait remuer en lui le souvenir d'une émotion passée, d'un amour lointain et oublié. Oui, tous deux s'étaient déjà croisés, rencontrés, chassés à travers les cieux. Aimés, peut-être...
- M'accorderez-vous cette danse, belle dame?
Dame Lune sourit et acquiesça d'un mouvement de tête gracieux qui fit onduler ses cheveux d'argent.
- Je pensais que vous ne le demanderiez jamais.
Sieur Soleil rougit, gêné par sa rudesse.
Leur danse était majestueuse. À chaque tour de piste, les deux êtres se rapprochaient toujours davantage. Quand enfin ils furent peau contre peau, dame Lune déposa un baiser sur les lèvres de sieur Soleil. Il ne dura qu'un instant, mais cet instant était de l'étoffe de l'éternité. Sieur Soleil, chamboulé, ému, se perdit dans les yeux piquetés d'étoiles de dame Lune. Ses lèvres étaient douces et fraîches, nostalgiques et rêveuses. Quand leurs bouches se séparèrent, se fut comme un déchirement. Surpris, sieur Soleil ne parvint pas à retenir sa belle tandis qu'elle s'éloignait maintenant de plus en plus, à chaque pas, à chaque ronde.
Et soudain, dame Lune n'était plus dans ses bras. Elle continuait sereinement sa route, et lui, figé par un sentiment puissant et douloureux, ne pouvait la poursuivre.
Il fut seul à nouveau.
- C'était un rêve... juste un rêve.»*
Le silence s'était fait autour de lui. Son Don, même utilisé parcimonieusement, avait donné corps à son histoire. Et, finalement, n'était-ce pas là le rôle d'un Barde, de rendre le quotidien plus magique?
« C'est mieux?» ajouta-t-il à l'adresse de Sou.
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