1ère décadre de printemps 1486Geliandras avait entrepris de réorganiser totalement le magasin pour optimiser le stockage des vivres et du matériel non militaire. On lui avait fait confiance sur la question. Et pourquoi ne l'aurait-on pas fait? Il n'avait été que loyal depuis son arrivée. Et s’il affirmait que sa nouvelle méthode d’organisation était la bonne, c’est que c’était le cas, voilà tout.
Geliandras avait donc été très occupé depuis la fin de l’hiver. Le magasin débordait maintenant à ras bord de grain, de viande séchée, de sel, mais aussi de couvertures et de tentes... bref, de tout ce qui serait utile pour partir en campagne dès que le sieur Westmark le jugerait bon.
Même s’il était plutôt heureux de sa situation, Geliandras se languissait un peu de sa ville, de sa belle, de ses amis laissés au pays. Il essayait de ne pas trop y penser. Il évitait aussi de se poser trop de question sur les motivations de son employeur. Vraiment, tous les Hérauts qu’il avait croisé jusque là ne s’étaient montrés que parfaitement cordiaux et professionnels. Certains étaient certes un peu hautain, mais en majorité, ils étaient sympathiques et ne semblaient pas se considérer comme meilleurs que les gens qu’ils aidaient.
Mais ce n’était pas à Geliandras de se mêler de politique valdemarienne. Sans doute n’avait-il pas connaissance de tous les faits, ce qui expliquerait pourquoi il ne comprenait pas la position de son employeur. Mais qu’importe, il ferait ce qu’on attendait de lui.
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2e décade de printemps 1846Au loin, une colonne de fumée s’élevait dans le ciel mauve de l’aurore. Wylan, le visage noirci et la tunique quelque peu roussie, marchait d’un bon pas pour rejoindre Kyra. Mètre après mètre, il avait enlevé des éléments de son déguisement: perruque, rembourrage dans les joues, fausses cicatrices. Sa démarche avait perdu de son aspect purement militaire pour redevenir celle, plus légère, d’un espion. Ses yeux avaient peu à peu retrouvé la lueur cynique que les habitait en permanence. Et finalement, il s’autorisa à penser à lui en tant que Wylan, Élu de Kyra, lié d’Alemdar, compagnon peut-être - si elle voulait encore de lui - de Jehanne, mentor de Méra...
Il était Wylan.
En regagnant son sens de lui-même, il retrouva aussi ses Dons, puissants, presque agités après avoir été négligés si longtemps.
:Où es-tu ma belle?::J’arrive, plus que quelques kilomètres.:Wylan poussa un soupir de soulagement. Geliandras s’était senti immensément seul, loin de tous ceux qu’il aimait. Mais il n’était plus seul. Il n’était jamais seul, réalisa-t-il de nouveau, pour la dixième, la centième fois peut-être.
Et il avait accompli sa mission.
Sieur Westmark ne lèverait pas d’armée ce printemps pour marcher sur la capitale et réclamer la fin du Cercle Héraldique. Il ne prendrait pas le Conseil en otage, ni qui que ce soit d’ailleurs. Il lui faudrait énormément de ressources pour reconstituer ce qui serait perdu dans l’incendie; Wylan y avait veillé.
Un éclat blanc apparut au loin, se rapprochant à une vitesse presque divine. Wylan poussa un soupir de soulagement. Quand Kyra s’arrêta près de lui, il se laissa presque tomber contre elle. Il enfouit son nez dans sa crinière et respira son odeur.
:Ma chérie, tu m’as tellement manqué.: Il avait la gorge nouée. S’il avait dû parler tout haut, sans doute y aurait-il eu des trémolos dans sa voix.
: Je suis tellement désolé de t’avoir laissée si longtemps. J’attendais le meilleur moment pour mettre mon plan à exécution. Je ne pensais pas...::Nous sommes réunis de nouveau, mon aimé, c’est tout ce qui compte.:Wylan resta immobile quelques instants. Pas trop, juste un peu, une petite pause... juste quelques secondes de plus... mais il devait partir. On ne tarderait pas à faire le lien entre l’incendie et son lit vide. Or, personne ne devait jamais savoir que Geliandras était en fait un Héraut.
Souplement, il monta sur le dos de Kyra. Dans les fontes accrochées à la selle, il trouva une tunique blanche élimée, qu’il troqua contre sa vêtement à moitié brûlé.
Il se tourna une dernière fois vers l’incendie, contemplant le contraste presque poétique de la fumée noire sur le ciel maintenant rose.
: En avant, on rentre à la maison.:[RP CLOS]