Auteur Sujet: [Frontière] Sur le départ...  (Lu 700 fois)

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Kalaïd

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[Frontière] Sur le départ...
« le: 21 septembre 2016, 03:10:12 »
1er jour de la 1ère décade d'automne 1484

Les remparts...
Depuis quelques temps, il ne connaissait plus que ça. Les remparts et toujours les remparts...

Kalaïd achevait son ascension des marches menant au sommet des longilignes fortifications. La guerre allait laisser son lot de traces derrière elle, et outre les cicatrices que portaient désormais la plupart des hommes, les remparts allaient entre autre choses subsister, vestiges des affrontements passés.

Les créneaux se découpaient dans l'obscurité naissante, laissant discerner un pas sur deux le paysage qu'ils occultaient. Les montagnes Rethwellan s'élevaient non loin, leurs lignes crantées se découpant dans le crépuscule, leurs pointes enneigées semblant vouloir crever le ciel noir. Les armées adverses avaient fini de s'en déverser, et l'heure était au départ maintenant. Un départ prudent tout de même, à en juger par la garde toujours présente sur les remparts. Moins nombreuse, certes, mais encore alerte...

- Bonsoir Heren, salua Kalaïd avec un bref sourire de soutien alors qu'il arrivait à proximité de l'un d'entre eux. Comment s'annonce votre tour ?, s'enquit-il avec sympathie.

- Bonsoir mon Lieutenant, répondit l'intéressé. Rien de particulier à signaler, la patrouille est rentrée sans incident à déplorer. Il semblerait qu'ils soient décidés à respecter leur parole en face hein mon Lieutenant ?

- Possible en effet..., murmura Kalaïd. Espérons le en tout cas, reprit-il à un volume audible. Qu'on ne soit pas obligés de ressortir tout le matériel et de rappeler les réservistes...

Ce disant il se tourna légèrement vers l'intérieur des fortifications.
Le repli des troupes avait déjà bien avancé, et c'était les régiments de soutien qui avaient le plus de travail ces derniers temps. Il fallait tout rassembler, compter, chiffrer, empaqueter. Préparer le voyage de retour, celui que tant d'entre eux attendaient depuis si longtemps. Celui que les héros, les vrais, ne verraient jamais. Seuls leurs visages rentreraient avec les vétérans, gravés à jamais dans leur mémoire...

Des caisses, des tonneaux, il y en avait des charrettes complètes absolument partout. Un convoi était en préparation pour un départ au lever du soleil. Depuis que le repli était annoncé, c'était presque quotidiennement que des convois de ce type quittaient le front. Il en arrivait à Haven de tous les camps en cours de démantèlement. Ils s'étiraient sur les routes du pays en longues files presque ininterrompues de soldats harassés que seule la perspective de regagner leurs foyers faisait encore aligner un pied devant l'autre.

Kalaïd reporta son regard sur les montagnes. Il s'enroula dans sa cape en la jetant par dessus son épaule. La nuit allait être fraîche, elles l'étaient très souvent par ici. Il salua d'un signe de tête son voisin avant de reprendre son cheminement sur le rempart. En dehors de ses pas, il n'y avait guère de son, tout semblait calme. Quand on avait connu la fureur des batailles et pris l'habitude de son vacarme, le silence était quelque chose qui se remarquait facilement. On le trouvait presque dérangeant... Il y aurait un temps d'adaptation au retour au pays, pour chacun d'entre eux.
Haven... Il lui tardait d'être enfin là-bas, et d'y retrouver la seconde partie de son être, celle qui lui manquait pour se considérer entier... Et la partie d'eux qu'ils avaient conçu ensemble...

Un sourire naquit sur son visage... Dissimulé par le revers de sa cape, il n'eut même pas besoin de le cacher au garde qu'il croisa alors qu'il redescendait par la seconde tour.
Un salut de la tête et le revoilà sur le plancher des vaches, naviguant au milieu d'un océan de matériel en tout genre entassé dans la cour du camp. Il était tout de même fou de constater comme le plaisir de massacrer son prochain pouvait nécessiter comme quantité d'appui technique...

Laissant là le monceau de caisses qui transformaient la cour militaire en entrepôt, il gagna d'un pas rapide les écuries.
Un hennissement rapide accueilli son arrivé alors qu'il poussait les lourdes portes de bois...

- Oui, merci, je sais ce que tu te dis, répondit Kalaïd en approchant d'Elazur en souriant. Tu te dis : « comment diable peut-il mettre autant de temps pour aller chercher une simple pomme ? ». Et tu as raison. Je ne mettrai pas autant de temps pour aller chercher une simple pomme...

Il mis ses mains dans ses poches alors qu'il était presque à toucher le chanfrein de sa monture avec son front.

- ...C'est parce que je t'en ai ramené deux ! annonça-t-il triomphalement en brandissant les fruits.

Il n'eut guère le temps d'épiloguer sur la façon dont il avait réussi à se les procurer, deux « scrounch » et le butin de guerre avait disparu... Ne restaient que l'homme et son compagnon, lequel regardait avidement les mains de son cavalier avec l'air de se demander comment des pommes pouvaient être aussi petites.

- ...Pfff, morfale..., soupira Kalaïd en grattant copieusement son ami derrière les joues.

Il passa un petit moment avec lui, avant de finalement prendre congé.
Dehors la température avait encore chuté. Les lumières des braseros du camp luisaient dans la nuit noir, et sa tente était éclairée au loin. Il la regagna sans se presser particulièrement. Bientôt viendrait l'heure du départ pour lui aussi, mais pour le moment il profitait de ces instants de calme, c'était les premiers depuis de longs mois. Le camp était tellement silencieux, qu'il en paraissait presque désert.
Et il fallait bien reconnaître que c'était particulièrement reposant...
« Modifié: 24 septembre 2016, 10:14:30 par Thalyana »
«Personnellement je ne pense pas que le Commandant Beltran m'ait recruté en fonction de ma capacité à manier un rasoir.»
Kalaïd, 7e décade de printemps 1481

Kalaïd

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Re : [Frontière] Sur le départ...
« Réponse #1 le: 25 septembre 2016, 11:20:02 »
Le camp. Ces deux dernières années, il était devenu un nouveau domicile à durée indéterminée pour beaucoup de monde.

Comme dans tout microcosme, la nouvelle de tout ce qui s’y passait du plus petit élément insignifiant au gros événement dont il faut absolument préserver le secret en faisait le tour à la vitesse de la lumière. En quelques minutes à peine tout le monde était informé, et surtout ceux qui ne devaient pas l’être...

Aussi lorsqu’un messager arriva en pleine nuit, porteur d’une missive annoncée comme étant « de la plus haute importance », tout le camp fut sur le pied de guerre en quelques secondes seulement...

Kalaïd était déjà sur le pas de sa tente lorsqu’on lui amena le messager, accompagné d’une bien trop nombreuse escorte de curieux.

- Entrez, intima le Lieutenant au visiteur avant de se tourner vers la troupe sans mot dire.

Tout le monde suivait avidement du regard le messager qui disparaissait derrière les replis de la tente d’officier, et plus particulièrement le rouleau de parchemin scellé qu’il tenait à la main…
Ah… Et aussi le Lieutenant qui les regardait fixement, attendant visiblement une réaction de leur part…

- Et avec des claques dans le museau vous les bougez vos fesses ou pas ? finit-il par lâcher en soupirant.

Une envolée de moineaux plus tard, Kalaïd entrait sous sa tente où le messager patientait.

- Ils sont un peu aux aguets en ce moment..., tenta d’expliquer le Lieutenant avant de se rendre compte de l’inutilité de la tentative. Le cavalier devait en effet avoir déjà vu cette réaction chez les militaires du contingent un bon millier de fois...

- Je vous écoute, qu’est-ce qui vous amène ? s’enquit-il finalement.

- Je suis porteur d’un ordre de première importance, annonçant que…

- Hop hop hop ! l’interrompit Kalaïd bruyamment en levant la main brusquement. Pas à voix haute s’il vous plaît, faites moi voir ça plutôt…

Kalaïd entendit immédiatement plusieurs soupirs derrière la toile de tente qui lui confirmèrent qu’ils n’étaient certes que deux dans la tente, mais sûrement beaucoup plus nombreux autour...
Il eut un léger sourire en imaginant que ses hommes étaient probablement quasiment collés à la toile, tendant l’oreille au maximum pour entendre la plus petite bribe de conversation, s’évertuant à se tenir le plus prêt possible du tissu sans toutefois le toucher pour éviter de se faire repérer… Des contorsionnistes en puissance…

-… Oh bon sang ce n’est pas possible, soupira-t-il. La guerre est prolongée de six mois ?! Minimum en plus ?! s’exclama-t-il avec force voix tout en faisant signe au messager de ne pas réagir. Un assaut demain ?!, poursuivit-il, mais nous ne sommes pas prêts ! Il va falloir sonner le branle-bas...
Au brouhaha qu’il perçut à l’extérieur, il en déduit que ce petit manège avec eu l’effet escompté.

Il décacheta alors seulement la lettre…
Se rapprochant des bougies, il lut calmement et dans le plus grand silence les lignes tracées à l’encre noire sur le parchemin. Le cachet de cire, le sceau intérieur, le mot-code et la signature ne laissaient aucun doute sur la véracité de l’ordre qu’il tenait entre les mains.
Il passa la tête par la toile de tente et fit venir ses sous-officiers.

Curieusement, ceux-ci mirent un temps fou à venir. Probablement pour faire croire qu’ils n’étaient pas tous déjà réveillés à discuter de l’ordre que le Lieutenant avait reçu et de la rumeur qui courait déjà dans le camp sur son contenu… Leurs mines étaient totalement défaites alors qu’ils passaient un par un le rideau de la tente.

Kalaïd les attendait, assis sur la table à carte, un verre de vin à la main. Il n’avait pas manqué d’en offrir un au messager…
Il regarda tour à tour les hommes qui lui faisaient face sans mot dire. Chacun semblait attendre qu’il officialise leur arrêt de mort.
Kalaïd posa le verre à côté de lui, et se redressa calmement. Il tira légèrement sur sa tunique pour la remettre droite, porta ses mains à son col et fit de même.
Il recula vers sa chaise sans quitter ses hommes des yeux, s’assit, pris sa plume, traça une mention d’acceptation de l’ordre, la date et l’heure puis apposa sa signature sur le parchemin du messager. Il le roula ensuite, et le scella, frappant la cire chaude de son sceau de commandement. Il se leva, toujours aussi calmement, et tandis le rouleau au messager. Ce dernier salua, un fugace sourire aux lèvres, et quitta la tente prestement.

Kalaïd se rassit, croisa ses jambes, mis ses mains derrière sa tête et se laissa aller en arrière sur sa chaise, les yeux pointés vers le plafond de sa tente. L’heure était venue. Il inspira profondément...

-...Messieurs nous sommes démobilisés ! lâcha-t-il d’une traite.

Immédiatement il le redressa sur sa chaise avec un grand sourire et tel un gamin observa avec attention la réaction de ses subalternes.

Et ce fut la stupeur. Dans un premier temps tout du moins. Les yeux grands ouverts, la mâchoire au niveau des genoux, enfin tout le tremblement quoi… Il se regardèrent brièvement puis regardèrent de nouveau le Lieutenant, et réalisèrent que le sourire qui éclairait son visage était sincère.

L’explosion de joie qui s’en suivit était plus que logique pour des hommes qui avaient passés tant de temps loin de leurs proches et traversé autant d’épreuves ensemble. Il se jetèrent les uns dans les bras des autres en criant leur joie, tandis que Kalaïd leur serrait la main. Il était reconnaissant de les avoir eut à ses côtés pendant toute leur présence au front. Il n’en était pas un entre les mains duquel il remettrait sa vie avec plus de confiance, et ils savaient tous qu’ils pouvaient faire de même avec lui. Les liens de combat étaient parmi les plus forts qui soient…
Kalaïd leur servit une coupe de vin à chacun, ils trinquèrent et burent tous d’une traite.
Le Lieutenant reposa sa coupe :

- Allons allons du calme messieurs à présent, dit-il en riant et en levant les mains pour pouvoir en placer une. Je vous laisse le soin et le plaisir de l’annoncer aux gars, vous pouvez faire un peu la fête cette nuit si vous voulez mais modérément. Nous sommes toujours en poste avancé, et tout le monde en face n’a peut-être pas été informé que la guerre est finie, nous ne sommes pas à l’abri d’une action isolée...

Les gradés se calmèrent rapidement. L’Officier avait raison, ils le savaient tous très bien.

-… Maintenez les tours de gardes et la vigilance, poursuivit-il. Demain nous commencerons à plier bagages, pour un retour au pays le plus tôt possible. Mais en attendant nous sommes toujours là. Nous sommes les derniers mais nous sommes toujours là. Prudence donc… Vous pouvez disposer les gars, bien joué.

Il serra encore une fois la main de ses compagnons alors que ceux-ci quittaient la tente un large sourire aux lèvres.

Cette nuit là fut bonne. La première bonne nuit qu’ils aient jamais passé en ces lieux. La seule qui vaille vraiment le coup d’être vécue. Les dernières réserves de vin furent asséchées, et les chants des hommes emplirent l’air de leur joie. Le retour s’annonçait enfin pour eux, eux qui avaient vécu les pires enfers sur les crêtes de ces remparts, eux qui avaient traversé les pires tourments dans ces plaines et sur les contreforts de ces montagnes. Eux qui enfin avaient vu se succéder les ordres de replis de leurs camarades tandis que le leur tardait à venir. Eux qui s’étaient donc retrouvés les derniers sur place, à mesure que les dispositifs s’amenuisaient à vue d’œil… Enfin, ils avaient eux aussi droit à leur billet retour…

Dans les jours qui suivirent chacun s’activa du mieux qu’il pouvait, pour ne pas être celui qui repousserait le départ de tous les autres.
Et finalement, toute la troupe s’était retrouvée alignée devant les remparts du camp, prête à partir. Kalaïd saisit les deux anneaux des battants de l’immense porte de bois et les ramena l’un contre l’autre, verrouillant pour la dernière fois de cette campagne l’accès derrière eux. Il y aurait des rondes et des occupations pour maintenir ce camp en état puisqu’un futur n’est jamais certain. Mais ce n’était plus leur problème maintenant…

Il grimpa prestement sur Elazur et jetant un dernier regard derrière lui tendit le bras en avant :

- Messieurs, en route vers Haven ! cria-t-il avec force.
L’ordre fut le plus rapidement possible relayé jusqu’à l’avant du peloton par les sous-officiers, des fois qu’il change d’avis, et la troupe se mit en marche vers son foyer. La marche serait longue certes, et éprouvante, mais personne ne se plaindrait au cours de ce dernier voyage, et malgré la fatigue il était certain qu’aucun visage ne se départirait de ces sourires qui les habillaient à présent...
«Personnellement je ne pense pas que le Commandant Beltran m'ait recruté en fonction de ma capacité à manier un rasoir.»
Kalaïd, 7e décade de printemps 1481