Auteur Sujet: [Fleur/Jehanne] Charité mal ordonnée.  (Lu 85 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Fleur de Trevale

[Fleur/Jehanne] Charité mal ordonnée.
« le: 28 juin 2020, 21:52:37 »
On ne pouvait pas dire que Fleur atteignait l'excellence dans de prestigieux domaines.
En revanche, quand il s'agissait des idées farfelues et/ou dangereuses, là, difficile de faire mieux. Ou pire, question de point de vue.

Fleur De Trevale s'ennuyait.
Elle avait replongé avec délice dans la vie mondaine de Haven après des relevailles express, mais la frénésie des débuts s'était vite calmée. Pas vraiment par sa faute, mais il fallait bien dire que les mondanités se faisaient plutôt rares ces derniers temps, et que les gens avaient tendance à penser que Fleur préférait rester chez elle en famille. Ce qui était stupide. Fleur désirait justement tout le contraire.
Et puis quand bien même, aller faire visite à la nursery lui prenait à peine plus d'une heure. Ce n'était pas qu'elle n'aimaient pas ses enfants loin de là, mais déjà, ils avaient des nourrices bien plus qualifiées qu'elles pour s'en occuper, et puis il y avait Owen.
C'était difficile pour elle de le voir avec les enfants dans les bras, les deux avaient en fait du mal à coexister dans son esprit. Pourtant, il agissait en tout point comme un père avec eux, en faisant même tellement plus que n'importe quel homme de sa condition. Elle aurait du se sentir soulagée. Elle n'y arrivait pas et préférait fuir sa maison.

De ses décades passées à Trevale, Fleur avait renoué avec une habitude qu'elle avait apprise comme toute jeune fille de bonne famille, les visites de charité. Ca avait été d'autant plus important qu'il fallait montrer aux familles travaillant sur les terres des Trevale que l'avenir était assuré et serai donc prospère.
De retour à Haven, elle avait mis ça de côté, mais l'idée était revenue alors qu'elle cherchait comment occuper ses journées.
Le problème, c'est qu'Owen avait refusé qu'elle le fasse. Visiter des maisons de paysans dans les terres qu'ils administreraient un jour c'était une chose, visiter la misère de Haven en était une autre - oui, parfois Owen avait des accès de bon sens. Le problème, c"est que Fleur entendait difficilement raison quand elle s'était mis une idée dans la tête. Et cette idée là était bien ancrée.

Janee, sa camériste, complice de toujours, avait aussi refusé de jouer un rôle là-dedans, trop soucieuse de la sécurité de sa maîtresse. Mais le hasard avait joué en sa faveur, et lors d'une sortie en sa compagnie, Janee avait croisé son amoureux caché, un jeune bourgeois, qui l'avait convaincu de venir passer quelque heure chez lui, sa jeune épouse étant sortie. Fleur l'avait encouragé, et s'était retrouvé tout à fait seule. Elle avait alors acheté un panier, puis quelques victuailles, et, tout à fait ridicule s'était aventurée vers les bas-fond de Haven. Elle avait profité sans le vouloir d'un roulement de garde pour passer les portes la séparant des cercles les moins distingués de Haven.
C'était là un endroit où elle n'avait jamais vraiment mis les pieds; tout juste traversé en partant dans sa famille ou à Trevale.
Elle avait l'impression que l'air s'était épaissi. L'odeur y était probablement pour quelque chose. 
Elle regarda autour d'elle avec angoisse,sans vraiment savoir où aller.
Elle raffermi sa poigne autour de son panier et pris une grande respiration - erreur - pour se donner du courage.

Conteur

  • Plume de scénario
  • Messages: 301
    • Voir le profil
Re : [Fleur/Jehanne] Charité mal ordonnée.
« Réponse #1 le: 29 juin 2020, 08:41:33 »
Alan n'avait pas réapparu depuis longtemps. On l'avait dit engagé dans une mission au sud, sans doute pour plusieurs décades. Aussi, quand il fit son apparition à la porte de l'Exil, il fut presque accueilli comme l'enfant prodigue. Presque. Alan n'était pas assez séduisant pour être accueilli comme tel. Il tenait davantage de la mauvaise herbe qui revenait, année après année, alors qu'on la pensait définitivement fanée. Ou arrachée.

Alan revenait de son précédent engagement une nouvelle épée au côté. Il se l'était payée grâce à sa solde. Il comptait bien l'exhiber avant de la ranger bien précieusement dans ses affaires. En ville, il préférait porter des dagues. C'était plus discret, et bien plus adapté aux accrochages dans les ruelles étroites de la basse-ville. En général, on le laissait tranquille, mais il arrivait que des gens fraîchement arrivés le prennent pour une cible facile. Grossière erreur. Alan maîtrisait à la perfection le style de combat de la rue. Et si vraiment il se trouvait en difficulté, il ne rechignait pas, contrairement à d'autres, à appeler la Garde.

Pendant son absence, rien n'avait changé. Tout était pareil. Les mendiants occupaient les mêmes porches, bien en vue, les prostituées les mêmes allées, les nobles armées d'un panier les mêmes rues... Les nobles? Alan n'en croyait pas ses yeux! Qu'est-ce qu'une de ces godiches de nobles faisait dans son quartier? N'avait-elle pas conscience du danger? Certes, en journée, il ne risquait pas de lui arriver grand chose, mais on ne savait jamais. Elle représentait une belle cible, et certains auraient du mal à résister, même avec les patrouilles de gardes.

Alan savait où était son devoir. Mais il n'avait aucune envie d'aider la jeune femme. En tout cas pas gratuitement. Il hésitait encore sur la conduite à tenir quand il vit un tire-laine, le jeune Willy, s'approcher l'air de rien de la jeune noble pour lui voler sa bourse. Alan soupira longuement, et, maudissant son complexe du sauveur,  attrapa le jeune délinquant au collet. Il héla la jolie noble.

«Hela, M'dame! J'crois qu'vous avez égaré un truc...» Il secoua Willy qui se débattait. «Allez, gamin. Cette fois t'as raté ton coup. Rends-moi ça.

«'Tain, Alan, tu fais chier! En quoi ça t'concerne qu'je vole c'te dinde? Sérieux quoi!»

«Ça m'concerne que si tu voles celle-la, tu peux et'sûr qu'demain y aura plein d'gardes partout parc'qu'elle s'ra allé s'plaindre au roi. Et j'ai pas b'soin d'ça. J'ai envie d'pouvoir bosser peinard. Et toi aussi.»

Willy soupira et tendit la bourse durement gagnée. Alan savait qu'elle n'était pas la seule en sa possession. Mais il n'était pas garde. Ce n'était pas son travail de lui faire vider ses poches. Et le môme aussi devait manger. Il libéra Willy et celui-ci s'éloigna rapidement.

Alan se tourna vers la jeune noble et lui lança sa bourse.

«Faut faire gaffe à vos affaires, m'dame.» Il s'approcha en lui adressant un sourire canaille, largement rehaussé par son horrible cicatrice à la lèvre. «Vous faut p'têtre un guide, m'dame? J'suis plus tout jeune, mais on m'respecte ici. Ou c'est qu'vous voulez vous rendre? Contre une pièce ou deux, j'vous mène où vous voulez!»

« Modifié: 29 juin 2020, 18:25:44 par Conteur »

Fleur de Trevale

Re : [Fleur/Jehanne] Charité mal ordonnée.
« Réponse #2 le: 29 juin 2020, 17:44:53 »
Qui aller voir en premier ?
Qui privilégier ?
Le problème, quand on agissait sur un coup de tête, c'est qu'on ne savait absolument comment réagir face à l'imprévu. Et toute cette scène, ces gens, ces bâtiments lugubres en ruine, ces odeurs, cette détresse palpable, Fleur n'y était pas préparée.
Elle n'eut pas eu le temps de réfléchir plus encore qu'un illustre inconnu agita sous son nez un gamin braillard et pouilleux qui la fit reculer d'un pas. Plus si elle avait pu, mais un mur délabré lui barrait le chemin inverse.
Elle du du mal à comprendre de quoi il en retournait tant que les deux protagonistes avaient un accent populaire prononcé. Puis l'enfant disparu dans une envolée de juron.
Stupéfaite, Fleur attrapa sa bourse en manquant la rater et la laisser tomber. L'homme qui était venu à son secours lui inspira un dégoût immédiat. Pour rien au monde elle ne l'aurai choisi pour guide. Mais il lui avait rendu sa bourse. Qui était pleine d'argent. Un bel appât pour un tel énergumène. Se pouvait-il qu'il fut honnête ?
Elle balbutia :

"Je ne sais pas, je... je voulais, voudrais... aider."

Jehanne

  • Gardes et Mercenaires
  • Messages: 57
    • Voir le profil
  • Fiche: Fiche
  • Âge: 30 ans
  • Langues: Valdemaran
Re : [Fleur/Jehanne] Charité mal ordonnée.
« Réponse #3 le: 13 juillet 2020, 22:52:25 »
Tout à commencé à cause d'un type qui s'est mis à taper sur les filles de joies pour taper leur argent gagné à la sueur de leurs fesses. Pas une grande nouveauté en soit. Il y avait toujours un ou deux zozos pour se croire assez malin et penser que les filles n'aurait pas la force de se rebeller. Pour certaines cela signifiait parfois double peine, tabassée par le voleur et par leur souteneur. Pour le voleur cela signifiait que soit le guet réussissait à lui mettre la main dessus et à le coffrer suite à des plaintes d'indépendantes. Soit il finissait mort dans le ruisseau. quand quelque "protecteur" mécontent lui mettrait la main dessus. Je n'aime pas ramasser les cadavres au petit matin. Alors je m'arrange pour lui assurer une belle corde de chanvre ou une cellule avec paille en supplément. Et pour ça j'ai une technique imparable.

C'est donc ce que je fais dans les ruelles sordides qui sont mon quartier et ma vie. Vêtue d'une robe rouge cerise dont les pans sont remontées sur les côtés et attaché au niveau de ma taille pour dévoilé des jupons propres mais pas de premières mains. Des bottes parce que bon ici ça vaut mieux que des escarpins, on est pas au bal ma fille ! Un décolleté qui vous regarde dans les yeux, débordant de dentelle et un serre-taille de cuir. De longs cheveux blonds aux boucles soyeuses tombent librement sur les épaules dénudées. La bourse joyeusement remplie, assez pour dire que la journée fut bonne. C'est qu'elle est jolie et fraîche la demoiselle... et seule. Du moins c'est ce que croyais ma cible quand il a voulu jouer les gros bras, les gros durs, les débiles oui ! Bien peu aurait vu que les pans de la robe dissimulaient des ouvertures où plonger ma main et en récupérer matraque et glaive. Bien peu aurait vu se détacher de l’encoignure d'une porte le sergent Tienne que l'on aurait dit sortir du bois ou de la pierre. C'était éventuellement du ressort d'un rat comme Alan. Mais pas de celui de mon homme. Dûment et durement désarmée et menottée, ma proie va désormais prendre la direction du cachot.

Avec l'idée d'une matinée bien remplie je vais rejoindre le guet lorsque j'avise un visage connu. Un visage qui n'a rien à faire ici. J'avoue que mon sang ne fait qu'un tour. *Mais qu'est-ce qu'elle fout ici ? Ou tu vas ma cocotte !?* Fleur de Trevale dans mes rues c'est les ennuis assurés. Déjà que cette petite peste est une plaie au palais. Faut absolument que je lui fasse faire demi-tour. Une main sur la tempe je la masse, un geste qui me calme. Me donne le temps de réfléchir. De ralentir mon pas et du coup d'assister à la petite scène de rue touchante entre Alan et Willy, puis Alan et Fleur.

Je suis juste dans le dos de Fleur lorsque j'entends sa pathétique justification. La moutarde me monte un instant au nez. J'ai envie de la secouer comme un prunier. C'est exactement le genre d'attitude qui me prend la moitié de mon temps. Les inconscients, les têtes en l'air, les doux rêveurs ! Vu qu'Alan a les choses en main, je devrais sûrement le laisser faire. Joli-coeur saura la guider au bon endroit. Ailleurs qu'ici. Non sans l'avoir délestée de quelques pièces en plus qui finiront dans un temple ou un orphelinat. Et puis non c'est plus fort que moi. Faut que j'intervienne. Mais en douceur. Ne froissons pas la délicate Fleur.

Je plaque un charmant sourire sur mon visage avant de me glisser du côté opposé d'Alan face à la noble perdue en territoire hostile.

"Dame de Trevale. En voilà une surprise. - Pour elle aussi cela doit en être une, je ressemble à une toute autre femme dans ces vêtements. Et encore ! La dernière fois j'étais en tenue de ville, pas en plastron. Et à l'inverse d'Alan, je suis reconnaissable avec un peu d'attention - S'il vous plaît oubliez la robe, la perruque et le tralala vous seriez gentille. C'est l'agent du guet qui vous parle. Je vais faire court et simple.
- Je joins les mains devant moi, les doigts bien écartés et paume face à face, jouant à tapoter juste le bout des doigts ou à rapprocher et éloigner mes paumes. - Vous n'avez rien à faire ici, sans escorte et dans cette tenue qui hurle votre statut social au moindre malandrin. Donc vous et moi, nous allons faire demi-tour et vous ramenez chez vous ou au palais, comme vous le souhaitez."

Et ce n'est pas du tout une invitation ou une incitation, malgré mon ton doux et calme c'est un ordre. Ceci étant dit je me tourne vers Alan. De Wylan je n'y reconnais que ses yeux gris. Mais c'est comme ça. Et on en rira plus tard.

"Tu es un amour, comme toujours, d'avoir prit soin de cette Dame, Alan. Tu peux nous accompagner sur le chemin si le cœur t'en dit mais tu n'y gagneras rien d'autre qu'un peu de reconnaissance cette fois."

Je reviens à Fleur tout sourire sauf mes yeux. Je lui désigne le chemin du retour de la main

"Ma Dame, s'il vous plaît."
« Modifié: 13 juillet 2020, 23:21:56 par Jehanne »

Conteur

  • Plume de scénario
  • Messages: 301
    • Voir le profil
Re : [Fleur/Jehanne] Charité mal ordonnée.
« Réponse #4 le: 05 août 2020, 08:25:01 »
La dame avait vraiment surprise qu'on puisse tenter de la détrousser. Mais où pensait-elle être? À un bal à la cour? Alan, bien qu'admiratif de la beauté de la noble, ne put s'empêcher de la mépriser un peu. Le défi n'était pas à la hauteur de ses talents. Quel intérêt y avait-il à profiter d'une greluche pareille? En même temps, il ne pouvait décemment pas la laisser errer sans protection dans le quartier. Il était loin d'être un parangon de vertus, mais la laisser seule reviendrait à fermer les yeux sur une possible agression, voire un meurtre. Et ça, c'était bien trop lourd pour la conscience d'Alan.

«Ah, mais c'est bien d'vouloir aider, ma p'tite dame! Très bien! Y a plein d'gens qu'ont bien b'soin d'aide, pour sûr.»

D'une certaine manière, Alan fut soulagé par l'arrivée de la lieutenante. Un peu déçu aussi. Il ne retirerait rien de cette affaire, c'était évident. À part le plaisir évident d'entendre la jeune noble se faire disputer vertement par la soldate. Jehanne avait toujours su se faire respecter, et en cet instant, même son statut social inférieur ne représentait qu'une handicap mineur.

«Hey, ma colombe! J'savais pas qu'tu pass'rais par là! C'est t'jours un plaisir de t'voir!» Il lui lança une œillade suggestive. «J'aidais juste la jeune dame à pas s'faire embêter. L'paraîtrait qu'elle veut faire la charité. J'me disais qu'j'pourrais l'emm'ner voir les filles. Les mioches sont parfois un peu crasseux, mais ils ont bon cœur et leurs mères auraient bien besoin d'un p'tit coup d'pouce... non? Faut pas décourager les bonnes volontés, ma colombe. Pis, qui sait, ptête que celle-là s'verra pousser une conscience!»

Il n'y croyait guère, mais cela valait le coup d'essayer. Maintenant que la dame était entourée d'une garde et d'un vaurien, elle ne risquait plus rien.