Auteur Sujet: Le retour du Héros  (Lu 26 fois)

Thalyana

Le retour du Héros
« le: 24 juillet 2026, 10:59:19 »
1er jour de la 3e décade d'automne 1485 - une maison de Guérison de la ville

Évidemment, personne n'avait réussi à convaincre Thalyana d'évacuer la ville. Malgré son nouveau-né et sa fillette de quatre ans. Personne ne pourait l'empêcher de soigner qui devrait l'être. Et surtout, d'être là pour s'occuper de son mari après la bataille. Le savoir loin d'elle était trop difficile.

Charwin, las, avait fini par accepter et l'avait envoyé en ville, dans une des Maisons de Guérison de la capitale. Elle avait donc attendu les premiers blessés, son fils Aldwin soigneusement lové dans une écharpe. Amalia, elle se trouvait avec sa marraine, à l'abri.

Rapidement, les blessés affluèrent. On ne lui confia aucun cas sérieux, elle devait se ménager... Ce qui lui convenait, ainsi, si Kalaïd arrivait gravement blessé, elle aurait toute son énergie pour le soigner.

Mais, heureusement pour elle, son mari ne semblait pas avoir été trop gravement atteint. Tout ce qu'elle pouvait faire, à présent, c'était l'attendre.



Kalaïd savait que sa femme n'était pas partie de la ville comme cela lui avait sans doute été conseillé. Il ne l'avait pas croisée mais son Lien lui faisait sentir qu'elle était encore physiquement proche de lui. Il ne lui avait pas fallu bien longtemps pour qu'on finisse par lui indiquer la maison de soins où Thalyana se trouvait.

Il poussa la porte et entra discrètement. Il y avait plusieurs blessés allongés, d'autres assis, du sang et des grincements de dents un petit peu partout...

Ce tableau lui rappela qu'il avait été chanceux aujourd'hui, ses seules blessures étaient morales. L'adversaire avait frappé durement, et surtout au milieu de la capitale, à proximité de leurs familles, de leurs lieux de vie, au cœur de leurs habitudes. C'était un coup de maître, il n'est rien de plus dévastateur que de ne plus se sentir en sécurité chez soit, il fallait leur concéder ce point.

Il s'avança dans la maison, passant devant les blessés. Il en reconnu quelques uns qu'il salua avec un geste d'encouragement ou une main sur l'épaule. Ils n'avaient pas l'air trop mal embarqués et étaient entre de bonnes mains, ça irait sans doute pas trop mal pour eux.
La chevelure blonde qui reflétait la lumière au loin le ramena à la raison de sa présence ici.

- Bonsoir ma Dame, souffla-t-il après s'être rapproché de Thalyana.



Thalyana sursauta quand elle entendit la voix de Kalaid.

«Tu m'as fait peur!» Elle se leva d'un bond et entreprit de l'ausculter rapidement. «Indemne?» Elle le prit dans ses bras. «Je ne sais pas comment tu as fait pour être aussi chanceux! Certains sont dans un état critique, d'après ce que j'ai pu voir!»

Elle le força à s'assoir sur un lit vide et lui mit une tasse de thé chaud et sucré dans les mains.

«Bois ça! Tu as les lèvres bleues à cause du manque de sucre.» Elle attrapa encore une barre de céréales sur le plateau et la lui tendit. «Et mange ça.» Son ton ne souffrait aucune réplique.

«Raconte-moi, Kal... ce qu'il s'est passé.»



Avant qu'il n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Kalaïd se retrouva tour à tour avec sa femme qui lui tournait autour en le scrutant sous toutes les coutures, dans ses bras, puis plus dans ses bras, assis sur un lit, avec une tasse de thé dans une main et une barre de céréales dans l'autre. Il eut un petit rire nerveux, posa ce qu'il avait en main sur le côté pour se relever doucement et décaler sa dague qui lui rentrait dans l'arrière de la cuisse, puis se rassit et reprit les « cadeaux » de son épouse.

Vu la rapidité de l'action, il jeta tout de même un œil derrière lui, pour s'assurer que le lit était réellement inoccupé. Bon, pas de mourant agonisant sous son poids, ça allait.

Il sourit à Thalyana avant de croquer dans la barre. Puis il répondit :

- Honnêtement, je ne sais pas vraiment. Nous avons été attaqué mais ça tu le sais déjà, l'ennemi était à nos portes, nous tenions sur la place, et puis soudainement il a réussi à pénétrer nos défenses par un moyen que j'ignore. Il a pu aller jusqu'aux jardins, du moins c'est là que je l'ai croisé. C'était une sorte de... Dieu. Cerath. Enfin en tout cas c'est ce qu'il prétendait...

Kalaïd marqua une courte pause le temps de boire une gorgée de thé.

-...Enfin bon tout va bien puisqu'il a fini transformé en caillasse par une magicienne. Ah et Fitz a joué avec sa boule aussi. ...Oui, le pseudo Dieu il avait une boule dans les mains, je ne sais pas ce que c'était... Enfin bref, c'est de la magie tout ça et je n'y ai rien compris comme d'habitude. Ce que je sais c'est que je me suis battu avec des clampins, mais qu'ils ont quand même réussi à blesser la Hérault avec laquelle je combattais, une certaine Keryne. Je ne sais pas comment elle s'en est sortie au final, je l'ai laissée dans une tente de guérison et je suis reparti me battre avec son Compagnon...

Kalaïd eut une légère absence alors qu'il buvait encore un peu. Il ne savait pas qui était vraiment l'homme qu'ils avaient affronté, il n'avait jamais croisé Cerath et ne pouvait donc l'identifier. Mais si c'était vraiment lui, alors la paix était proche sans doute...



«Tu t'es battu côte à côte avec un Compagnon? Ça c'est une histoire que nos enfants réclameront souvent d'entendre!»

Elle sourit, mais bien vite son visage s'assombrit.

«Il y a beaucoup de blessés, certains gravement atteints. Les barricades ont permis de retenir ue partie des ennemis, mais le déséquilibre des forces était évidents. En même temps, on a demandé à la garde de la ville de tenir leur rang dans une guerre de position. Ce n'est pas ce à quoi ils sont formés, là-bas. Et ça s'est vu dans leur blessure.» Elle soupira. «Je suis tellement soulagée que tu n'aies rien. Et j'espère qu'en effet, la paix est là. Je pense que toi et moi avons assez donné à ce combat contre Cerath.»

Elle se serra contre Kalaid.

«Te souviens-tu de la fois où tu m'as sauvé? Quand j'ai bêtement tenté de combattre mentalement une mage de leur camp? Parce que j'étais encore trop naïve pour comprendre les risques que je prenais...»



« Oh tu sais, ce n'est rien qu'un gros cheval finalement... » répondit-il avec un demi sourire. C'était très loin d'être vrai, et ce disant il entendait encore le craquement des os de leurs adversaires résonner dans ses oreilles alors que Kaya leur éclatait la tête à coups de sabots.

« On s'est encore battu contre des trucs magiques, et tu sais combien j'aime ça... », murmura-t-il en passant doucement le bout de ses doigts sur son doux visage de porcelaine.
Il aimait sa peau, il aimait ses traits, il aimait ses yeux, son sourire, l’entièreté de ce qui la composait.

« ...Mais si moi je ne maîtrise pas le sujet mais je sais à peu près ce que ça fait, la plupart des gars ne sont pas au fait des particularités de ce type de combat. C'est la plus forte arme de notre adversaire, notre ignorance en la matière... ».

Il resserra légèrement son étreinte autour d'elle.

« J'ai pensé à ça aujourd'hui, Fitz s'est mis en danger en intervenant. Et mon premier réflexe a été de me porter vers lui. Mais j'ai repensé à ce qui s'était passé avec toi, et ça m'a servi à éviter le pire je pense... J'avais pu t'aider pour un mage, mais contre Cerath, je ne sais pas ce qu'il serait advenu de moi si j'avais touché Fitz... »

Fitz... Son ami allait probablement avoir du mal à s'en remettre... Et lui aussi du coup.
Son visage s'était assombri en pensant à son camarade. Il se reprit et plongea ses yeux dans ceux de sa femme.

« Je crois qu'il va bien, il est dans le cirage mais je ne crois pas qu'il soit en danger... ».



«La magie... oui. Les dégâts qu'elle peut commettre... Les blessures qu'elle provoque sont affreuses. Heureusement, cette fois, la majorité des adversaires étaient simplement des combattants. J'ai surtout recousu des plaies.»

On ne lui avait pas laissé s'approcher des cas graves et elle comprenait parfaitement pourquoi. Mais elle avait fait la guerre, elle se rappelait les brûlures, les chairs fondues par des éclairs, les membres paralysés par des sorts étranges. Elle espérait que les victimes des mages n'étaient pas trop nombreux.

«Tu as bien fait, je crois... nous avons survécus grâce au Lien. Sans ça, nous serions sans doute mort. En touchant Fitz, je doute que...» Elle soupira. «Mais heureusement, tu t'es abstenu!» Elle esquissa un sourire. «Et tu le connais, il t'en aurait énormément voulu si tu étais intervenu et que tu l'avais privé d'une occasion de faire usage de sa hache... ou de toute autre arme d'ailleurs!»

Elle n'avait eu que des échos des événements qui s'étaient déroulés sur la colline, aussi ne comprenait-elle qu'une partie des inquiétudes de son mari. Elle lui caressa la joue.

«Ne t'inquiète pas. Je suis certain qu'on prend bien soin de lui. Sa compagne, déjà. Et si son cas nécessite une aide particulière, Charwin. Il lui faudra sans doute du temps pour retrouver sa... vivacité, mais... au moins, c'est fini.»

Oui... la bataille était finie. Et ils avaient gagné.
« Modifié: 24 juillet 2026, 11:00:51 par Thalyana »