Parmi les nombreux défauts de Mina, il y avait la mémoire sélective. Ce n'était pas un défaut congénital, comme la stupidité d'Owen de Trevale, par exemple.
C'était un mécanisme de défense qu'elle avait développé dès la naissance pour survivre dans un milieu traumatique.
Cependant, naturel ou non, cela lui posait parfois des soucis. Comme à cet instant. La discussion qu'elle avait eu avec Méra au sujet de la demande de Jarhindel et le projet fantasque d'aller acheter leur robes ensemble lui revint en mémoire d'un coup.
Ah.
Ah.
:Tu t'en souvenais toi?:
:Oui.;
;Pourquoi tu m'as rien dit ?:
:Parce que je ne suis pas là pour guider tes choix du matin au soir. On dit souvent que nous sommes des consciences à quatre pates, mais il faut relativiser. Des consciences Héraldiques, dirons-nous. Certes Méra est un Héraut, mais c'est surtout ton amie, et en ce qui concerne tes décisions sur le plan amical, ou sentimental, si cela n'interfère pas avec ta nature de Héraut, je n'ai rien à dire. Certains Compagnons sont plus... envahissants. Moi je dis qu'on apprend de ses erreurs.:
;Très charitable merci...:
Mina comprenait mieux la colère de Méra. Enfin en partie. Jamais elle n'avait pensé que la jeune femme fut sérieuse à ce sujet ! Elle traitait ce sujet avec une telle désinvolture!
Toute cette conversation qu'elles avaient eu au sujet du mariage, et surtout au sujet de Beltran et sa possible incompatibilité avec elle en raison de son âge, de son rang... Mina savait au fond pourquoi elle l'avait occulté. Même si elle n'était pas prête à l'admettre.
Mais Méra interprétait également pas mal de chose à sa façon.
Tout dans son discours lui fit comprendre à quel point son amie était blessée profondément, et Mina se sentit coupable.
Et la suite des reproches de sa Mentor lui firent comprendre que ses blessures étaient aussi postérieures à leur rencontre. La Boutefeu n'était pas une fine psychologue, mais il ne fallait être aveugle, ou plutôt sourd, pour ne pas l'entendre.
Elle se leva aussi, renversant son café sur les miettes de croissant et attrapa Méra par le bras.
Hors de question qu'elle s'en aille en s'en tenant à sa version !
"Attend un instant, tu m'accuses de beaucoup de chose mais tu ne me laisses pas le temps de me défendre !"
Elle se plaça face à elle, toujours dans l'entrée, et prit quelques secondes pour ravaler ce qu'elle avait envie de dire spontanément, à savoir qu'elle ne manquait pas d'air pour lui reprocher des choses fausses. Il allait falloir la jouer plus fine. C'était la première fois que Mina voyait son amie si fragile.
"J'avais oublié, ok? Je sais que c'est nul comme réponse, mais c'est vrai."
:Hum, hum...: intervint Ezarel devant cette demi-vérité.
Mina l'ignora et continua dans sa lancée:
"Cette discussion à laquelle tu fais allusion, on l'a eu au lendemain de ma... rencontre avec Wilfried, la bataille de Haven arrivait, je passais mes journée le cul sur un Griffon, et j'étais paumée. Tu avais tellement de doute au sujet de mon avenir avec Beltran, même si tu m'as aidé. Je sais pas, j'ai du penser que.. ou ne pas penser..."
Elle lâcha le bras de Méra pour retourner à la table et essuyer ses bêtises. C'était une invitation à ce qu'elle revienne, et elle continua de s'expliquer, tout en bifurquant légèrement du sujet le plus épineux.
"C'est presque moi, finalement, qui ait demandé à Beltran de m'épouser. Tu te souviens de mon état, et le sien n'était pas fameux non plus, tu nous aurais vu, on était pitoyable et je me suis endormie dans mon chocolat chaud. Enfin, j'ai donné mon accord, et mon accord pour un mariage comme en rêvait sa mère, parce qu'après tout, si je voulais lui faire ce plaisir, autant le faire à fond. Je ne me suis occupée de rien ! Méra, arrête de m'imaginer en train de dresser des listes d'invités ou de courir les boutiques ! Ou pire, de regarder un calendrier pour décider de coller cette cérémonie quand tu ne serais pas là."
Cette idée la mortifiais. Que Méra le croit capable d'une telle duplicité !
"Je n'étais même pas encore en état de marcher plus qu'une marque que la Dame de Girier avait pris le contrôle des opérations. Sans parler des la mère de Beltran ! Tout est allé très vite. En 5 décades c 'était plié, à peine le temps pour moi de recouvrer la santé."
Elle se resservit un café et en but une gorgée.