8ème jour 4e décade Printemps1486
Un midi
Le soir ou elle l'avait découvert, Bethaniel, âpres avoir interrogé Edriss, avait informé son élue que Raimon était dans une réunion de travail et rentrerait tard. Quand il était arrivé, Isabeau n'avait pas eu le cœur de provoquer une dispute avec son mari épuisé et surpris de ne pas voir Montaro.
Et au fil des décades, il y avait toujours eu quelque chose. Montaro, parfois, le travail, souvent. Et Isabeau malgré sa juste indignation... n'arrivait pas à commencer une conversation qui risquait bien de ruiner son mariage. Un mariage étrange, mais... le sien. Qu'elle aimait beaucoup !
Mais au fil des décades, elle continuait de vivre avec cet homme. Et de toucher ses affaires. Et de… Souvent , elle ressentait des trucs. Et la détresse qui en résultait avait tendance à passer son donc en hyper vigilance. Elle en devenait distante. Une fois elle crisa parce qu'il ne ramassait pas ses affaires. Ça n'avait jamais posé de problème, elle avait l'habitude de s'en occuper. Mais maintenant, elle ne voulait plus... Comme aborder le sujet... Elle devenait distante physiquement aussi. Parce que forcement, le toucher lui...
Elle n'avait pas trouvé le moyen de commencer la discussion. Elle ignorait si elle saurait jamais le trouver.
Et un jour, au réfectoire des hérauts, il lui caressa la main gentiment en passant et le flot d'émotions qui se déversa en elle lui fit lâcher son assiette de surprise.
"Ne me touche pas!" cracha-t-elle hargneusement avant de rougir devant la demi-douzaine de camarades présents.
Incapable d'assumer sa honte, elle s'enfuit dans les couloirs de l'aile des hérauts, bouleversée et par ailleurs bien consciente qu'il n'y avait rien dans ce qu'elle avait capté de Raimon qui concernait... Enora. Il l'avait juste vu triste et avait eu une bouffée de tendresse envers elle, Isabeau. Elle courut s'enfermer chez elle puis glissa le long de la porte en pleurant.