Auteur Sujet: [Fitz/Elliana] Dessine moi une famille  (Lu 11 fois)

Fitz

[Fitz/Elliana] Dessine moi une famille
« le: 31 juillet 2026, 21:03:27 »
1ere Décade printemps 1486


Fitz

Il avait beau avoir vieilli, être marié, être capitaine, avoir accompli sa « destinée », être reconnu par ses pairs, apprécié, avoir des proches, et être bien plus sûr de lui, Fitz s’était mis à trembler comme une feuille quand il avait reçu la lettre

« Capitaine Fitz,
Je serai à Haven à l’orée du printemps.
Je me présenterai à la porte.
Je vous y attend.
Elliana De Tarkis »

Alors quand un garde était arrivé dans sa chambre en lui disant qu’une jeune femme demandait à le voir, son sang n’avait fait qu’un tour. Il était parti en courant, bousculant le pauvre soldat qui ne s’attendait pas à prendre une armoire normande d’1m83 dans l’épaule.
Tout ce qu’il avait affronté n’était rien comparé à ça. Il ne l’avait jamais revu. 19 ans….
Il courait plus qu’il ne marchait vers la porte d’entrée. Au loin les silhouettes se dessinaient. 2 gardes, et une jeune femme.

Le capitaine ralentit l’allure, vérifia que ses vêtements étaient bien mis, et s’approcha, plaquant un sourire un poil effrayé sur ses lèvres

-  Elliana.


Elliana

Je voulais savoir. Je voulais comprendre. Pourquoi il était parti ? Pourquoi il m’avait laissé. Et surtout… Qui il était ?
Durant toutes ces années mère avait ce regard perdu quand je lui posais des questions, et le reste de la famille me rabrouait vivement, il ne fallait surtout pas me répondre.

Maman est morte. Seule, comme elle l’a toujours été. Je lui en ai voulu à elle de m’avoir laissé, à lui de ne pas être là. De n’avoir jamais été là.

Et qui réapparait comme une fleur dans une lettre déposée par une blanche ? La gueule du grand-père quand elle a refusé de partir tant qu’elle ne me l’aurait pas donné en main propre. Comme une bouteille à la mer qui atteint enfin sa destination.

Capitaine de la garde à Haven ? Vraiment ? Alors pourquoi le sujet était si tabou !  Surtout que vu la messagère choisie, il avait des relations.
Qu’avait-il fait pour être devenu un sujet qu’on tait chez nous ?

Il y’a avait eu des cris, beaucoup, des larmes, un peu, et surtout il y avait eu cette décision. J’irai à Haven, j’irai rencontrer mon père, qu’ils le veuillent ou non.
Une nuit avec l’aide d’un palefrenier (il est si facile de manipuler un homme, encore plus quand il sort à peine de l’adolescence, et qu’on est la première femme qu’il touche), j’ai fui le domaine.

Et me voilà ici, devant cette immense porte, droite, fière, et pourtant si effrayée. Bloquée par deux gardes à l’air pas commode, qui semblent vraiment se demander ce que je fais ici à exiger de rencontrer quelqu’un.
*On ne demande pas à voir le capitaine comme ça ma dame. Il y’a des règles. *
Franchement je n’aurai pas eu la peur de finir dans un cachot, je lui aurais fait avaler son « ma dame » obséquieux avec ses dents.

Et s’il ne voulait pas me voir ? Et si finalement ses mots n’étaient que poussière dans le vent ? Et si… et si... et…
Et il était là.

Est-ce que mon cœur venait de rater un battement ?

-Capitaine Fitz… Je ne savais pas si vous seriez au rendez-vous.

Je tremblais comme une feuille, était-ce une bonne idée ? Surement pas, mais c’était la seule que j’avais.



Fitz

- Bon... heu. Sal… Comment vous… comment tu... Comment nous... Non heu. Excuse-moi c’est… Troublant. Tu ressembles à ta mère.

Pas certain que ce soit la meilleur approche

-  Mais s’il te plait, je préfère que tu me tutoies.

Ha qu’il était solide le fier guerrier qui cherchait ses mots.
Et maintenant ? tu fais quoi Fitz ?

- Mais suis-moi je t’en prie

Il se tourna vers les gardes

-  Laissez-la entrer, c’est ma…. Fille. Elle est sous ma protection et je m’en porte garant.

Les deux gardes saluèrent leur capitaine et s’écartèrent du chemin.
Et alors qu’Elliana et lui commencèrent à marcher il reprit la parole, déglutissant au passage.

- Comment vas-tu ? Et Pourquoi venir me voir ? Tu as un problème ? Besoin de quelque chose ?



Elliana

Il bégayait. Il bégayait et ça me faisait sourire. Il avait intérêt à faire bien plus que bégayer !

Oui je savais c’était mesquin, mais c’était le but. Cependant voir les deux gardes obéir avec autant d’empressement à l’homme me confirma une chose. Il était bien ce qu’il annonçait être. Je soupirai. Tant d’années à me demander à quoi il ressemblait, qui il était. Et me voilà marchant à côté de lui comme on marche avec un inconnu. Un regard en coin. Il était grand, brun, cheveux longs. La boucle d’oreille attira mon œil. Autant presque que les cicatrices dont il était couvert.
La question d’après par contre me piqua au vif. Et alors quand il continua j’explosais.

-Et comment veux-tu que j’aille à ton avis ? Ma mère est morte, et là par une lettre, comme une fleur, j’apprends que mon père est au chaud loin de chez moi, le grand « capitaine de Haven » ? Et qu’en plus de ça il est marié ?  Pourquoi maintenant ? Parce que je n’ai plus rien, voilà pourquoi. Parce que je voulais comprendre pourquoi tu étais parti, pourquoi tu m’avais laissé. Parce que… parce que j’aimerai au moins savoir le nom de famille de mon père ! Je voulais de toi un père, mais visiblement tu n’as pas su me le donner !

J’avais arrêté de marcher en disant ça, je le fixais, droit dans les yeux, je le mettais au défi de trouver une réponse, une explication. La rage montait, je sentais mes joues devenir rouge, toutes ces années de frustrations, d’attente, de questionnement, s’accumulaient prête à sortir. J’avais bien entendu que ma voix s’était faite plus forte mais je n’en avais cure.
Là tout de suite je voulais qu’il souffre autant que j’ai souffert.



Fitz

Il n’en menait pas large notre capitaine. Ce bout de femme à ses côtés aurait pu le piétiner pendant des heures sans qu’il ne réponde.
Le reste était déjà assez douloureux comme ça.

Il faut dire qu’il avait enchainé les questions idiotes, il aurait dû le savoir. Toutes cette tirade il la méritait. Il préféra se taire, baissant la tête comme un chien pris à faire une bêtise.

Comment trouver les mots, comment expliquer.

- Elliana… Je… Je t’ai écrit tu sais ? Toutes ces années je t’ai écrit. Je pensais que malgré tout ils te les donneraient peut-être ... Je... J’aurai du... je.

Il soupira de nouveau laissant ses mots mourir dans le silence. Avisant un banc il fit signe à sa fille de s’asseoir. Et vint se poser à côté d’elle.

- Ecoute… Je ne suis pas fier de toute cette histoire, je ne voulais pas que ça se passe ainsi. Et je répondrai à toutes tes questions, absolument toutes sans retenue aucune.

Reprendre sa respiration, détacher chaque mot pour ne pas dire de bêtise.

- Je voulais être là, j’ai appris ton existence quand tu étais déjà né, tu étais déjà là. Je n’étais pas au courant de la grossesse de Myriem. Et après on a refusé que je revienne, on m’a interdit de te voir. Alors je t’ai écrit, encore et encore. Si je t’ai envoyé Enora pour cette dernière lettre, c’est que j’ai appris pour le décès de ta mère et que je voulais être certain que tu aies ces lignes, je voulais être certain qu’elles te parviennent.

Il avait dit tout ça d’une traite, pour ne pas être interrompu d’abord, mais aussi car il en avait besoin. Sa main s’approcha d’elle, et il se ravisa. Il n’osait pas la toucher, ça aurait été trop, trop tôt, trop vite. Alors il contemplait le sol, jouant avec ses doigts, plus stressé que jamais.



Elliana

Il voulait s’asseoir ? Très bien, nous allions nous asseoir. Le reste par contre je n’étais pas prête. Comment ça il avait écrit ? Je n’avais jamais vu ces lettres, je n’avais jamais rien su.
Toutes ces années de secret, de messes basses, et de mensonges.
J’aurais pu avoir des réponses à ses questions ? C’est ça qu’il me disait.

Et qui lui avait interdit de revenir ? Ma mère ? Non pas ma mère ce n’est pas possible. La tristesse dans ses yeux quand je questionnais sur lui, elle n’aurait jamais refusé que je sache.
Prendre une profonde inspiration, traiter les données une par une. Comprendre.

Je fermais les yeux un instant pour me recentrer, pour prendre le temp.

-Reprenons si tu veux bien.
Je me redressais, plantais mon regard dans les siens. C’est étrange j’ai ses yeux.
-Je suis Elliana de Tarkis fille de Myriem de Tarkis. Mais ça tu le sais déjà. Et je suis aussi ta fille. Mais ça aussi tu le sais. Ma mère étant décédé, j’ai décidé de te rencontrer, de te connaitre. J’ai besoin de savoir d’où je viens, de comprendre. Et tu es le seul à pouvoir m’aider. Je ne te demande pas d’être mon père, je te demande mon histoire.

Je respirais. Je devais lui laisser le temps de s’expliquer. De tout me raconter. Et pour ça je devais faire le premier geste. Je pris sa main droite dans la mienne.

- Alors s’il te plait, raconte-moi. Je veux comprendre. Je veux savoir.



Fitz

Elle était plus calme que lui c’était peu dire. Lui en général arrivait rarement à redescendre en pression, elle avait réussi en un clin d’œil à reprendre la situation en main, un trait de sa mère.

Et en parlant de main, le frisson qui parcourut Fitz au moment du contact était quelque chose de nouveau. Il la regardait, avec une tendresse, un amour, qu’il n’avait jamais ressenti. Rien à voir avec sa femme, rien à voir avec le reste. C’était sa fille et elle était la plus belle chose qu’il aie jamais faite.

Dans un murmure il répondit à sa dernière remarque

- Je suis ton père Elliana. Je… Veux être ton père…

Il prit une profonde inspiration, et commença à raconter

- Et si on commençait par ton histoire déjà ? Enfin plutôt ce que j’en sais, c’est-à-dire l’histoire de ta mère et moi. Quand je l’ai rencontré j’étais mercenaire. Ma compagnie a été engagé par ton grand-père pour assurer la sécurité du domaine. Des bandes de pillards sévissaient dans la région.

Il revivait cette période de sa vie, il l’avait revécu tant de fois en rêve.

- J’avais ton âge, à peu près. Mon capitaine m’a ordonné de veiller sur Myriem. J’étais le plus jeune, et je pense qu’il ne voulait clairement pas m’avoir dans ses pattes. Ou alors qu’il voulait me voir souffrir à protéger une jeune femme qui voulait tout sauf être protégée. Comme un bizutage du nouveau.

Il se souvenait de la première fois qu’il l’avait vu. Comme à son habitude le mercenaire n’avait pas réussi à aligner deux phrases correctes, se perdant dans les mots et les expressions. Elle avait ri. Et son rire avait la beauté d’un matin ensoleillé.

- Ta mère… Myriem… Nous avions le même âge, mais elle était bien plus mature que moi. Elle était drôle, espiègle, elle prenait un malin plaisir à s’enfuir de ma garde. Je passais des heures à la chercher dans les forêts, les mansardes, tous les endroits possible et imaginable. Elle était aussi terriblement belle. Je perdais mes mots dès que j’étais avec elle, et elle en jouait autant qu’elle le pouvait.

Le capitaine reprit sa respiration quelques instants. Il revoyait Myrien, ses longs cheveux bruns, ses sourires, et tout ce qu’elle pouvait faire pour le rendre dingue.

- On est resté plusieurs mois au domaine. Et puis…

Il se souvenait parfaitement de cette journée, le cris, les pleurs, la peur aussi, la peur d’échouer, la peur de la perdre.

- Un jour où on était parti en forêt, elle voulait chercher je ne sais quelle plante, pour je ne sais quel truc. Bref, ce n’était qu’un prétexte. Comme à son habitude, elle m’a joué un tour, et elle s’est enfuie. Et alors que je la cherchais, j’ai entendu un hurlement.

Ce cri, elle l’appelait, ce « FITZ » c’est ce qu’il entendait dans ses cauchemars… Son sang n’avait fait qu’un tour, il avait couru vers sa destination, détruisant tout ce qui était en travers de son chemin.

- Quand je l’ai vu elle était entourée de plusieurs pillard. Elle avait choisi le mauvais chemin. Ils… Son…

Il déglutit une fois de plus. Devait-il tout dire ? Non. Il tairait son corset arraché, il tairait la terreur dans les yeux de sa mère, il tairait le regard de ces hommes sur ses cuisses dévoilées et les bleus sur son visage. Cette image là il préférait l’éviter. Tout comme la furie qui l’avait prise, il se souvenait d’avoir découpé un homme, d’avoir arraché la jugulaire d’un autre avec ses dents. Ce n’était peut-être pas l’heure pour qu’elle l’imagine ainsi.

- Bref… Je suis intervenu. J’ai été blessé durant l’altercation, un coup d’épée dans le flanc, les hommes quant à eux étaient mort. Malheureusement le bruit ne laissait aucun doute, on n’était pas seul… Elle m’a entrainé plus loin, dans une sorte de ferme en ruine qu’elle connaissait. Elle s’est occupée de moi et moi d’elle… On était bloqué, à se cacher des pillards. Et c’est là que…

Ils s’étaient rapprochés. Il se souvient de ses gestes pour le calmer, de lui qui voulait sortir, les tuer, les tuer tous.
 Il se souvient de ses pleurs, et puis de sa voix, de cette phrase morte dans un sanglot « si tu pars je meurs ».
Ces mots, ils résonnaient encore dans sa tête, ils étaient devenus un mantra :
« Si tu pars, ils meurent »

Alors il avait baissé les armes. Elle l’avait pris dans ses bras, serrant son corps contre le sien et puis il y’avait eu ce baiser, celui qui le suppliait de rester, de ne pas la laisser... Le reste n’appartenait qu’à ses souvenirs.

-  Le lendemain, mon capitaine nous surprit dans la ferme, il était accompagné de ton grand-père. Sa fureur à cet instant n’a eu d’égal que celle de ta mère. Je suis resté là, planté comme un idiot. C’est là que l’interdiction est tombée, je ne devais plus jamais revenir. Il était inconcevable que Myriem de Tarkis soit vue avec un mercenaire qui n’a pas de nom.
Nous avons été démobilisés, et mon capitaine m’a renvoyé de la compagnie pour avoir fait perdre beaucoup d’argent à son groupe.


Il se mit à jouer avec sa boucle d’oreille.

-  Ta mère m’a offert ça avant que je parte. Je ne l’ai jamais quitté. C’est tout ce qu’il me reste d’elle.

En vrai elle lui avait offert la boucle d’oreille en argent, Fitz avait fait sertir le topaze d’Aed à l’intérieur quelque décade plus tard. Pour les avoir tout les deux à vie contre lui.

Il prit une profonde inspiration, il n’avait pas raconté cela à voix haute depuis des années. Il se demandait même s’il l’avait raconté une seule fois dans toute sa vie. Il avait bien sûr expliqué tout ça à Feuille, mais pas aussi détaillé, les détails il le savait n’appartenait qu’à sa fille et à lui.

-  J’ai appris plus tard qu’elle t’avait mise au monde, dans une taverne on parlait de « la naissance mystérieuse du domaine de Tarkis ». Je suis venu bien sûr, j’y ai trouvé porte close. Ton grand-père avait donné des ordres. On m’a interdit de te voir. Je ne voulais pas mettre ta mère dans une position plus difficile qu’elle ne l’était, alors j’ai obéi. Je suis parti.

Son regard se perdit un instant dans les yeux de sa fille.

- J’aurai dû me battre pour toi je suis désolé. Je l’ai aimé tu sais ? Sincèrement, et profondément. J’étais juste… Lâche. Surement.



Elliana

Voilà qui comblait un grand vide dans mon histoire. Et surtout, le regard de mon « père ». On aurait dit une biche effrayée. Le capitaine de la garde, l’ancien mercenaire. Qui avait dû trancher plus d’hommes que d’habitant dans certaines villes. Il tremblait.
Cette sincérité dans sa voix.
Crotte, il a réussi à m’attendrir.

- Je vois oui.

Il me fallut un peu de temps pour trier toutes les informations.

-Tu aurais dû te battre. Tu aurais dû en effet… Mais je connais mon grand-père. Et je sais aussi comment il est …

Je pris le temps avant de dire les mots suivants. Ils étaient difficiles à dire, ils étaient compliqués.

-Tu sais... Père… Je pense qu’elle ne t’a jamais oublié. Mère…

Comment dire ça…

-N’était plus elle… Je n’ai pas connu la mère que tu as connu. Elle était douce avec moi, tendre. Mais … Elle ne sortait plus. Je ne sais pas ce qui s’est passé après ton départ, je ne sais pas à quel point ma « famille » a pu la briser. Mais mère restait enfermé, elle n’a jamais connu personne d’autre, et d’aussi loin que je me souvienne, personne n’est venue la voir.

Je soupirais. Mon grand-père n’avait jamais été amour, et il ne le serait jamais. Chaque femme de sa vie était soumise, ou brisée. Cet homme je m’étais jurée qu’il n’arriverait jamais à rien avec moi. Et c’est aussi pour ça que j’avais sauté sur l’occasion de la lettre pour fuir, partir loin, déclencher un esclandre me barrer de cette maison de psychotiques.

-Elle passait le plus clair de son temps avec une sculpture de chat en bois, une petite figurine qu’elle aimait plus que tout. A son décès je ne l’ai pas retrouvée, je pense qu’ils l’ont brûlée.

Je pris une inspiration. J’avais envie d’en savoir plus sur cet homme, sur sa vie.

-Mais qui es-tu toi ?



Fitz

Eteinte ? Seule ? Enfermée ? Fitz se souvenait de Myriem, il se souvenait de ses éclats de rire, de ses pas qui couraient dans les couloirs. Il se souvenait de ses cheveux qui volaient au vent, ils se souvenait de ses sourires malicieux, et de son regard étincelant.
Ce n’était pas elle. Elle n’était pas comme ça.
A la mention de la figurine par contre, il sentit la rage montait en lui, la colère arrivait.

-  J’ai fait cette figurine !!! Après que ton grand-père m’est refusé l’accès pour te voir, j’ai trouvé un page du domaine, je lui ai confié la figurine et une lettre et après quelques menaces il a promis de les remettre à ta mère, je voulais que tu aies ce cadeau, je voulais que tu aies quelque chose de moi !

La haine de cet homme envers lui était aller si loin. Fitz ne comprenait pas ce qu’il avait fait pour provoquer ça. Mais la question suivante le frappa.

-  Moi ?

Il lui sourit tristement.

-  Rien. Avant Haven… Je n’avais pas d’identité. C’est Haven qui m’en a donné une.

Les yeux plongés dans le sol, il prit une inspiration.

-  Je suis un esclave. Je me suis enfui quand j’étais môme, et j’ai été recueilli par un vieil ermite. A sa mort, je suis parti sur les routes pour vendre mon bras. A l’époque de cette mission, je n’étais pas grand-chose.

Puis il se souvint, il carra ses épaules, sourit à sa fille, et la regarda dans ses yeux.

-  Et puis j’ai débarqué ici. On m’a donné un but, on m’a fait confiance, j’ai rencontré des gens, que je peux appeler ami. On m’a montré que je valais plus que ça. Maintenant je suis l’homme que tu as devant toi, et j’en suis assez fier. C’était la première fois qu’il ne semblait pas écrasé par la culpabilité dans cette conversation, et pour lui ça voulait dire beaucoup.
Je regrette terriblement de pas être venu plus tôt vers toi, de pas être venu te chercher. J’aurai du. Elliana je suis désolé.




Elliana

Désolé il pouvait l’être. J’avais passé mon enfance et mon adolescence à me demander quel monstre pouvait être mon père pour qu’on n’en parle pas. Tout ça pour découvrir qu’en fait c’est juste un soldat qui est tombé amoureux d’une personne née dans la mauvaise famille.  Et qu’en plus il avait l’air d’un brave gars. Je n’arrivai pas à le détester, et ça m’énervait au plus haut point. Au fond ce n’était pas sa faute.
Nous aurions été de simple roturier, j’aurai sûrement grandi avec une mère heureuse, et un père présent. Mais il était trop tard pour ça.

-Tu peux regretter ! Tu aurais dû venir, tu aurais dû te battre pour nous récupérer. Au moins pour moi ! Tu aurais pu me sauver de tout ça, m’empêcher de devenir zinzin avec cette famille de taré congénitaux. Je suis peut-être le premier sang nouveau qu’il y’a chez eux depuis des générations !

La rage l’emportait, je le sentais. Mais en vrai, cela ne servait à rien. Je devais prendre le temps d’apprendre.

-Mais ce qui est fait est fait. Je suis épuisé. On reparlera de tout ça. Dis-moi, où la fille d’un capitaine peut dormir ici ? Y’a-t-il un endroit attitré pour les « bâtards dont on n’a jamais parlé » ?

Oui la dernière remarque était cinglante, mais bon faut pas déconner il l’avait mérité quand même !

-Et surtout j’ai faim, et soif.

Ce qui était vrai, mon ventre commençait drôlement à se rappeler à moi. Mais d’abord de quoi mettre à l’aise mon paternel

-Et je rencontre ta femme quand ?



Fitz

Dans sa rage, sa fougue, il se reconnaissait lui. Et même s’il méritait amplement ses remarques, il ne put s’empêcher de se voir en elle, et ça lui faisait du bien. Par contre il tiqua au bâtard

- N’utilise pas ce terme. Je te fais préparer un endroit de ce pas, et tu ne seras pas une « bâtarde », je veux que tout le monde sache que tu es ma fille. Tu n’es pas un secret honteux.

Mais il tiqua encore plus au fait que plusieurs fois elle avait utilisé les mots « père » et « fille ». Et ça elle ne s’en rendait pas compte, ca rendait le cœur de notre si costaud capitaine aussi léger qu’une plume .
Et alors qu’il allait lui dire qu’ils allaient aux cuisines, sa dernière remarque le laissa bouche ouverte. Poisson Fitz. C’est vrai qu’il faudrait qu’il passe par ça… Comment faire ? Laisser les deux femmes faire connaissances seules ? Rester avec elle et subir leurs deux regards en même temps ? Pas certain qu’il sorte entier de tout ça.

- Bientôt j’espère. Bientôt.
"Ça marchait vachement moins bien, un cerveau avec une hache au milieu." -Isabeau-