Alder avait peu changé en trois ans. Mais Fiersaule imaginait que lui non plus. À leur âge, l'apparence évoluait bien plus lentement. Seuls quelques cheveux blancs ou une ride plus creusée marquaient le passage du temps.
L'embrassade entre les deux hommes fit tanguer Cielété, qui poussa un petit cri, mi-surpris, mi-amusé. Fiersaule, lui, était ravi d'être accueilli de la sorte.
« Ça va plutôt bien. Mais si je pouvais ne plus jamais quitter mon chez moi, ça serait parfait.» Il avait retrouvé avec un plaisir non dissimulé ses appartements et son imposante cheminée. «Et toi? Et ta famille? Tout va bien au Collegium?»
Alder était suffisamment ravi de les revoir pour tenter une comparaison qui fit froncer les sourcils à Cielété. Il leva cependant son petit poing pour répondre au salut.
« C'est pas possible... Même Fauconagile est plus grand que Kreel.» Puis il s'adressa à son père dans un tayledras pour une fois à peu près correct. «Qui c'est?»
Fiersaule répondit en valdemaran: «Un Guérisseur. Un de mes collègues. Il est très gentil. Et ça ne se fait pas de parler une autre langue devant les gens, Cielété. C'est impoli et ça donne l'impression qu'on a quelque chose à cacher.»
À la base, Fiersaule avait posé sa question par pure boutade. Il ne s'attendait pas à être recruté sur le champs.
«Oh, je m'occupe volontiers de qui viendra. Tu sais, je suis devenu un expert en bobos et petits tracas. Et ne t'inquiète pas pour Cielété. Je peux garder un œil sur lui tout en travaillant. Mais je pense qu'il est surtout impatient d'aller jouer avec des enfants de son âge. N'est-ce pas, mon grand?»
«Je peux, Alsh'na'el?»
«Oui, vas-y, vas-y. Mais n'oublie pas de venir me dire bonjour régulièrement.»
Le garçon s'en fut sans demander son reste.
À peine était-il sorti qu'une femme enceinte arriva, épaulée par un homme, son compagnon peut-être.
«Elle ne se sent pas bien!»
«Ça va très bien, je te dis, c'est juste la chaleur...»