Auteur Sujet: De pierre ou d'éponge ?  (Lu 1153 fois)

Sou

De pierre ou d'éponge ?
« le: 26 août 2026, 18:34:25 »
Sou vient de Désenchantement

Sou sait ce qu'elle va faire des confétis de son flirt. Elle grimpe les escaliers. Elle grimpe sur les toits. Là elle laisse tomber sur le parc une neige de papier. Elle laisse aussi la peine de son coeur se transformer en larme. Elle s'allonge sur le toit brûlant. Elle s'était méfiée. Au début. Refroidie par de précédentes expériences. Son dernier béguin ayant tenté de la frapper. celui d'avant avait comme Thibaut choisit de la manipuler. Les larmes à présents taries la jeune fille laissa son esprit tourner en boucle sur ce qui n'allait pas chez elle. Ou chez les autres.

Les heures passent et Sou ne se présente pas à ses cours de l'après-midi. Or s'il y a bien une chose, un lieu ou Sou est constante, ce sont les cours. Sérieuse, toujours présente, respectueuse de ses professeurs. Qu'elle soit triste ou en colère. Joyeuse ou euphotrique. Amoureuse ou le coeur brisé. La connaissance, elle en est persuadée, ferra d'elle quelqu'un. Elle ne sait pas trop qui, ni comment. Mais quelqu'un. Pas forcément quelqu'un que l'on admire ou que l'on respecte. Mais quelqu'un qui pourra choisir.

Mais présentement Sou se sent vide. Le soleil a beau lui chauffer la peau elle ne bouge pas. Les tuiles peuvent lui rentrer dans le dos idem. Elle ne comprends pas comment elle, qui autrefois arrivait à être une pierre dure et froide, l'impression de s'être transfomé en une éponge molle et humide.

Héraut Wylan

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Re : De pierre ou d'éponge ?
« Réponse #1 le: 28 août 2026, 08:55:34 »
Wylan était en train de coudre quand on avait frappé à la porte de ses appartements, ceux qu'il partageait avec Alemdar. Coincé au milieu d'une couture particulièrement délicate, il avait simplement crié pour inviter la personne à entrer. C'était une des intendantes en charge des Bleus. Elle lui avait alors signalé que Sou ne s'était pas rendue à ses cours de l'après-midi. Comme c'était très inhabituel pour la jeune fille, que personne ne l'avait vue quitter le Palais, tout le monde s'était inquiété qu'il lui soit arrivé quelque chose. Wylan étant le tuteur de Sou, on avait décidé de s'en remettre à lui pour la suite des opérations.

Le Héraut fronça les sourcils. Que s'était-il donc passé pour que Sou sèche ses cours? Il reposa son ouvrage.

«C'est bon, je m'en occupe.»

***

Il ne lui avait pas fallu longtemps pour remontrer la piste. Quelques questions çà et là lui avaient permis de se faire une idée de la situation. Il avait même fait pleurer un imbécile de Bleu au passage - Thibaut - avec ses questions un peu trop précises. Bien fait pour lui. Ça lui apprendrait à jouer avec le cœur de sa pupille.

Une fois tous les faits en main, il n'avait pas été très difficile de deviner où trouver Sou. Lui aussi préférait se cacher quand il se sentait vulnérable. C'était le lot de ceux qui portaient un lourd fardeau. Et Sou connaissait toutes les cachettes du Palais. Elle avait donc l'embarras du choix, si elle voulait s'isoler un moment. Heureusement, Wylan avait une idée assez claire de l'endroit que la Bleue avait choisi. Il la connaissait bien, la gamine.

Évidemment, elle n'était pas sur le premier toit qu'il explora, celui où il l'avait emmenée, des années plus tôt. Mais, maintenant qu'il y réfléchissait, c'était logique. L'accès en était assez compliqué, alors qu'il était vraiment facile de monter sur le toit au-dessus des dortoirs. Il redescendit, prit plusieurs couloirs et remonta, jusqu'à atteindre un grenier plutôt propre et une fenêtre laissée ouverte. Bingo. Il se hissa sur le parapet avec souplesse et grimpa sur le toit. Silencieusement, il vint s'asseoir à côté de la jeune fille.

«Tu as flanqué une sacrée frousse à tout le monde, tu sais, bichette?» Il lui donna une petite tape du bout des doigts sur le nez. «Tu veux m'en parler?»

Sou

Re : De pierre ou d'éponge ?
« Réponse #2 le: 10 septembre 2026, 16:09:22 »
Sou perçoit les pas sur le toit avant de voir leur propriétaire. Elle reconnaît Wylan. À l'aise de par son expérience sans sa légèreté. Et puis qui serait assez fou pour la rejoindre là ? Bon ok, peut-être une ou deux de ses connaissances parmi les bleus oseraient. Elle se redresse donc, tire sur sa tunique alors qu'elle n'a pas besoin de la remettre en place, puis remonte les genoux à sa poitrine et pose son menton dessus. En attente. L'engueulade prendra, avec Wylan, des airs d'inquiétudes et de gentillesse. Avec lui pas de cris, pas de punition. Des fois Sou aimerait faire une vraie grosse bêtise pour le voir se mettre vraiment en colère contre elle. Heureusement, la peur de perdre son affection la retient entre autres.

"Tu as flanqué une sacrée frousse à tout le monde"

*Bingo !* Songe Sou, tout en repoussant d'un geste agacé les doigts du Hérauts loin de son nez. Merci. Pour le Héraut ce n'était sûrement qu'une constation, mais Sou y voyait une critique. Sou n'était-elle pas égoïste de causer de l'inquiétude à ses proches ?

"J'm'en fich' !"

Voir même Sou en est un peu satisfaite. Boudeuse, elle se méprend volontairement sur le sens de sa question.

"C'est sur ce serait plus simple si Sou se contentait de hurler et de claquer les portes et de s'enfermer dans sa chambre comme toutes les autres gamines. Ou de pleurer sous sa couverture en répétant à qui mieux mieux qu'elle ne veut voir personne. Mais enfin ! Au pire, si elle veut se défouler elle a qu'a gueuler une bonne fois pour toutes sur ce petit con ! - La colère de Sou se laisse entendre dans sa voix. - Et par les balloches de Lurchan, elle aurait dû prévenir quelqu'un ! Même un camarade, afin de faire savoir qu'il ne fallait pas s'inquiéter et ou la trouver au besoin. Au lieu d'aller se cacher pour ruminer sa peine et sa vengeance !"

Tremblante d'indignation, en vérité, Sou n'en veut à aucune des personnes qu'elle pourrait ainsi singer. Elle s'en veut à elle-même. Elle pensait s'arrêter-là et laisser Wylan aux prises avec un silence morose, mais lancée elle ne peut plus s'arrêter.

"Pourquoi alors que je fais tous les efforts pour m'intégrer, pour être gentille, pour pour pour... ne pas leur montrer que je pourrais, je saurais, leur faire du mal, ces ces ces... bouffons, ces casses-couilles, ces rats d'égouts... ??? - Sou serre les dents et prend une grande inspiration pour ne pas se mettre à pleurer devant Wylan. La honte. - Mais qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Je veux m'arracher le cœur pour qu'il arrête ses conneries. Je ne veux pas passer ma vie à soupirer chaque fois qu'un garçon me sourira. Je ne veux pas être comme Séléna !"

Lorsqu'elle se rend compte qu'elle a élevé la voix la jeune fille ferme brutalement la bouche et enfouit sa tête dans ses bras.

Héraut Wylan

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Re : De pierre ou d'éponge ?
« Réponse #3 le: 16 septembre 2026, 11:06:11 »
Même si Wylan ne passait pas assez de temps au domaine Greenfield, à en croire sa mère, il avait assisté à son lot de drames d'adolescence. Ceux de ses propres sœurs, déjà. Puis, plus récemment, de ses neveux et nièces qui commençaient à avoir l'âge pour ce genre de crises. Il ne fut donc absolument pas pris par surprise quand Sou se mit à crier. De fait, il était même étonnée qu'elle n'ait pas piqué une crise plus tôt. Avec son passé, personne ne s'attendait à ce que sa route vers l'âge adulte soit sans nid-de-poule et ni ornière. 

Au fond, Wylan était rassuré. Sou était maintenant une jeune fille qui se sentait suffisamment en sécurité pour s'intéresser aux autres et avoir des béguins. Une adolescence romantiquement mouvement, voilà tout ce qu'il lui souhaitait. Même s'il avait une folle envie de botter le cul à tous ceux qui oseraient faire du mal à sa petite protégée.

« Tu te sens mieux? Je trouve qu'on se sent toujours plus léger après une bonne gueulée. »

: Et qu'est-ce que j'aimerais pouvoir gueuler plus souvent quand je suis frustré par les imbécilités du Conseil...:
: Rien ne t'en empêche, mais Alemdar risquerait de devoir nettoyer après toi...:
: Je sais, je sais, c'est pour ça que je me tiens bien.:


« Tu sais, Bichette, personne t'en veut parce que t'avais besoin de solitude. C'est pas à toi de ménager les émotions des adultes. Mais si on a eu peur pour toi, c'est parce qu'on tient à toi. »

Si Wylan était capable de tant de tact et bienveillance, c'était moins grâce à ses qualités propres que parce que ses parents avaient fait un travail tout à fait acceptable. Il se contentait de répéter ce qu'on lui avait dit quand il était enfant.

« Et tu sais, il n'y a rien qui ne va pas chez toi. Je dirai même que tu es admirablement normale pour une gamine de ton âge. Les amourettes, les ruptures, les drames, ça fait partie de la vie d'élèves au Collegium. Ce serait presque dommage si tu ne pouvais pas vivre ça. » Il lui caressa la tête. « Mais c'est sûr que c'est pas forcément toujours drôle. Après, tu pouvais pas prévoir que ce garçon était un petit con. »

: Quelques années plus tôt, c'était toi le petit con...:
: Hum... oui et non. Tout le monde savait que j'étais amoureux de 'Ranel. J'ai pas toujours été très propre dans mes relations, c'est vrai. Mais j'ai jamais profité de mes charmes comme ça. :
: Toi, tu as juste brisé des cœurs avec ton sourire en coin et ton habileté à draguer.:
: Certes...:


« Après, si tu veux, je peux le menacer et lui filer une raclée, comme il se doit d'un bon père. » Il espérait de tout cœur qu'elle aurait le bon sens de refuser.  « Et tu n'as rien fait de mal. Ni de faux, d'ailleurs. Être gentille, bienveillante, aider les autres, c'est important. Ne baisse pas tes standards parce que d'autres se satisfont d'être médiocre. » Et l'adolescence n'était clairement pas la période de la vie où on était le plus altruiste. En général, les adolescents étaient tous des petits crétins auto-centrés. « Mais peut-être que tu voudrais me raconter un peu? Ça a l'air difficile pour toi, la vie ici. Trop peut-être? J'avais l'impression que tu t'amusais bien.»


Sou

Re : De pierre ou d'éponge ?
« Réponse #4 le: 26 septembre 2026, 21:43:13 »
Est-ce qu'elle se sent mieux ? Sou n'en est pas vraiment sûre. Un peu vide, un peu encore en colère, un peu déçue, un peu chagrine. Un peu de tout. Ce qui, au final, ne fait pas tant de vide que ça. Mais au moins elle a réussi à retenir ses larmes, c'est le principal. Revenue à des émotions légèrement moins tempétueuses néanmoins, elle finit par tourner la tête vers Wylan. Ses cheveux dans les yeux lui cachent la vue, mais ce n'est pas très grave. Un sourire tristounet flotte même sur ses lèvres un instant. Des gens tenaient à elle. Elle l'avait compris depuis longtemps : ses amis, ses professeurs, les surveillants, certains gardes qu'elle voyait tous les jours, même des hérauts. Ils tenaient à elle parce qu'elle était elle. Pas parce qu'elle leur était utile ou profitable.

Cette fois, Sou laisse la main de Wylan la caresser sans moufter. Ses paroles semblent avoir eu l'effet escompté et la jeune fille se sent plus calme. Voire même, elle souffle légèrement et secoue la tête lorsqu'il se propose d'aller rosser Thibaut.

"Non, merci. Je suis plus subtile que ça, tu sais."

Mais l'image la fait quand même sourire. Et cela lui fait si chaud à l'âme que Wylan se propose de se conduire comme un père pour elle. Il avait toujours été cette figure prépondérante depuis son arrivée au palais. Son héros, son chef, mais quand avaient-ils glissé pour devenir ce presque-père et elle, sa presque-fille ? Le temps avait joué, avec l'aide de ce mélange d'alchimie qui permet d'unir des êtres de tant et tant de façons : tendresse, rire, enseignement...

Mais sans le savoir, les derniers mots du héraut ouvrent un gouffre de quasi-panique chez la bleue. Est-ce qu'il venait de suggérer qu'elle puisse vouloir quitter le palais, le collège, lui ? Malgré elle, elle blêmit légèrement. Elle pouvait envisager presque sereinement de risquer sa vie sur un toit ou de sauter au-dessus du vide. Elle avait été espionne à dix ans et était capable de mentir comme une arracheuse de dents à n'importe qui. Elle s'était intégrée à force de volonté. Mais partir ? Partir maintenant ? Elle ferme un instant les yeux et s'efforce de chasser son angoisse. Ce n'était qu'une question. Comme il l'avait dit plus tôt, c'était parce qu'il tenait à elle qu'il s'inquiétait de son bien-être ici. Pas parce qu'il pensait qu'elle n'y avait pas sa place. Rassurée par le tour de ses réflexions, la jeune fille réussit à calmer les battements de son cœur. Mais, durant quelques instants, le silence s'est fait pesant.

"Je ne suis pas gentille ni bienveillante. C'est juste une façade. Si je ne fais pas de mal à ceux qui me blessent, c'est parce que je ne veux pas que tu sois déçu. Ou qu'on me chasse d'ici. Ici, c'est ma maison. Je ne veux pas partir. J'ai... j'ai des plans pour rester. Je ferai assistante pour un prof ou un ambassadeur, ou gouvernante. Et si ça ne marche pas, eh bien, je ferai la plonge ou la lessive, quitte à m'en abîmer les mains. - Tout en parlant, Sou se déplace, se tourne vers Wylan et adopte une position assise, les fesses sur ses talons.
- Au début, c'est vrai, j'étais toute perdue, mais plus maintenant. J'ai des amis et je les aime vraiment. J'ai un presque-père et je l'aime vraiment. J'ai un lieu plein de bienveillance auquel me raccrocher quand ça ne va pas. Personne ne me fera partir si je ne le veux pas."

Sou pince les lèvres et évite le regard de Wylan avant de continuer.

"Dehors... Dehors, ce serait l'autre Sou. Et elle n'est pas du tout gentille. Elle... je me fais presque peur parfois. Une raclée, ce n'est rien à côté de ce que je peux imaginer, crois-moi. J'ai testé, tu sais. Ce ne sont pas des paroles en l'air quand je dis que je pourrais leur faire du mal. J'ai l'impression d'être aussi pourrie qu'Antoine ou aussi mesquine que maman.- Soupire de Sou - Alors, devoir supporter d'être malmenée par mon imbécile de cœur, je suppose que c'est ma punition pour ça."