Wylan oubliait parfois qu'il existait des gens pour le prendre au sérieux, et ne pas balayer ses idioties d'un soupir résigné. Quand il avait parlé d'être défié en duel, il plaisantait, évidemment. Il savait que personne n'oserait remettre en question la noblesse de ses sentiments pour Jehanne. Il était un Héraut, il était honorable par défaut.
: Honorable, mes fesses, oui.:
: Je suis aussi honorable que la noble dame qui m'a Choisi.:
Pour seule réponse, il entendit un vague grognement amusé dans son esprit.
Il tourna son attention vers Jehanne et en profita pour lui parler à l'oreille.
«Oh, mais j'adorerais un petit corps-à-corps avec toi, ma colombe.»
Il fit ensuite l'effort de suivre la conversation qu'il avait lui-même lancée.
Wylan était heureux d'entendre que sa ville se portait bien. Qu'elle ne s'était pas écroulée en son absence. Il posa nombreuses questions, certaines naïves, dont la réponse lui importait peu, d'autres plus pointues, dont il écouta soigneusement la réponse. L'impression globale était sans doute qu'il posait des questions un peu au hasard, qu'il connaissait la ville, mais pas ses enjeux. Et c'était parfait ainsi.
Il ne manqua cependant pas de remarquer que l'amie de Jehanne semblait désapprouver que la discussion tourne autour du travail. Mais que pouvait-il y faire? Son travail, c'était toute sa vie, littéralement. Et il l'aimait. De plus, il n'était pas revenu en ville depuis plusieurs décades et il n'avait pas eu le temps de consulter son réseau, et il doutait de pouvoir le faire. Il comptait sur Méra pour lui transmettre un résumé pertinent. C'était son rôle, après tout, quand il était absent.
Au bout d'un moment, la charmante dame du capitaine s'impatienta et réquisitionna son mari comme on réquisitionne un cheval pour partir en guerre. Mais elle ne se priva pas de provoquer Wylan, gentiment sans doute. Il s'inclina, avec un sourire en coin.
«Tout à fait, les Hérauts apprennent à danser. Mais, pour ma part, c'est plutôt le fait d'avoir trois sœurs qui explique mon aisance sur la piste de danse.»
Puis il se tourna vers Jehanne.
«Je ne pense pas qu'elle cherche à l'être. Elle ne me fait pas confiance et elle cherche à te protéger, je pense, ma colombe. J'imagine que tu as eu ton content de ratés en tout genre et qu'elle me met dans le lot.» Il haussa vaguement les épaules. «Et elle n'a pas forcément tort. Je ne suis vraiment pas l'amoureux idéal... la preuve...» Il attira Jehanne à lui pour lui voler un baiser. « Aimerais-tu danser ma colombe? Je te suis.»