Méra ne s'était pas attendue à laisser Mina presque sans voix. Si elle s'était arrêtée deux secondes pour réfléchir, elle aurait sans doute compris que la jeune mariée était gênée. Mais elle l'interpréta comme cela l'arrangeait, c'est-à-dire aussi mal que possible: Mina pensait donc qu'elle n'avait rien à se reprocher.
: Hum... tu es sûre, Méra?:
: Tu vois une meilleure explication?:
N'attendant pas la réponse de son Compagnon, Méra enchaîna sa diatribe idiote.
«Peut-être faudrait-il sonner pour qu'une domestique vienne mettre la table? Ou peut-être même tirer la chaise pour vous, Dame de Greenhaven. Mais, si vous me l'autorisez, je serai ravie d'avoir l'insigne honneur de vous aider à vous asseoir. Et - j'ose à peine le demander - le plaisir de vous servir votre petit-déjeuner? Évidemment, une... personne telle que moi ne saurait pleinement convenir à une femme de votre rang, j'en ai pleinement conscience. Je ne suis, après tout, qu'une humble fille de mercenaire et maîtresse d'un soldat...»
Méra réalisa alors qu'elle parlait que ses yeux la piquaient. C'était ridicule. Elle avait assez pleuré, non? Pauvre 'Rindel qui avait séché ses larmes encore et encore. Et qui avait été le témoin compatissant de sa colère, quand celle-ci prenait le pas. Elle déglutit difficilement et refoula ses larmes. Non. Pleurer pour un truc pareil? Elle n'était plus une gamine. C'était ridicule de se mettre dans de tels états pour... ça. Personne n'était mort. Aucun secret n'avait été trahi. Aucune réelle promesse non plus. C'était juste ce sentiment, qu'elle avait cru oublié depuis longtemps, d'être trop. Trop pour les autres. Trop bruyante, trop grande, trop masculine, trop féminine aussi, trop affirmée, trop... tout. Trop pour maintenir des amitiés.
Pour se donner contenance, elle arrangea la table du petit-déjeuner, mettant les viennoiseries sur une assiette, sortant des couverts, des tasses, des serviettes. Elle trouva un reste de café encore chaud sur le poêle qu'elle servit d'un geste efficace. Elle finit même par tirer une chaise pour Mina qu'elle désigna avec l'air à la fois blasé et servile qu'elle associait aux serviteurs huppés.
« Si ma Dame veut bien s'installer...»