Elliana se sentait comme fiévreuse. Tout était allé très vite, presque trop. Après une vie à attendre des réponses qui ne venaient jamais, tout s'était bousculé.
Oh elle l'avait voulu. Elle avait attrapé sa chance à bras le corps pour fuir un quotidien morose qu'elle ne supportait plus. Mais la différence était telle qu'elle en avait le vertige.
Son... Père l'avait provisoirement installée dans ses anciens appartements à la Caserne. Il avait demande l'accord du Capitaine Beltran, qu'elle avait vaguement entraperçu en compagnie d'une Héraut à l'air sévère que Fitz avait désigné comme étant son épouse. Sérieusement, ils ne respiraient pas la joie de vivre, comme ça, mais elle était bien placée pour savoir qu'on ne savait pas ce qu'il se passait une fois la porte fermé sur sa vie domestique.
C'était provisoire, bien entendu. Une jeune fille de son âge ne pouvait pas rester au milieu de tous ces soldats. Elle soupçonnait que l'idée mettait son père mal à l'aise, quant à elle, cela la terrifiait presque.
Presque.
Elle n'avait pas peur des hommes. C'est juste qu'elle n'avait pas l'habitude d'en croiser autant au même endroit. A la lumière des explications de son Père, elle comprenait mieux pourquoi son grand-père refusait qu'elle soit libre de fréquenter le sexe opposé, fusse de façon totalement innocente, plus que le strict minimum, c'est à dire ce que réclamait la bienséance sociale.
Elle était restée terrée dans les appartements de fonction de son Père jusqu'à ce soir. Elle avait très envie de visiter Haven, un rêve qui lui avait longtemps semblé inaccessible, mais elle restait au fond une gamine de la campagne que toute cette vie bouillonnante condensée au mètre carré impressionnait.
Elliana avait eu un peu de mal à trouver les appartements que Fitz partageait avec sa femme, Fleurmalicieuse, ou un truc du genre. Il poussait des Collegia dans tous les coins de cette capitale !
Elle avait posé quelques questions à plusieurs personnes qu'elle avait croisé, et une domestique serviable l'avait guidé.
Et voilà qu'elle se tenait devant cette porte.
Elle avait fait la maligne en demandant de rencontrer la chère et tendre de son père, mais en réalité, elle était dévorée de curiosité, mais aussi d'une sourde colère.
Qui était donc cette femme qui avait guérit son Père de son amour pour une femme, qui elle, ne l'avait jamais oublié au point de s'oublier elle-même ?
Fitz lui ouvrit, et si elle ne le connaissait pas assez pour savoir reconnaître les expressions sur son visage, il lui sembla quand même un peu plus pâle que la dernière fois qu'ils s'étaient parlé.
"Bonsoir Fitz"
Elle avait conscience que le mot Père lui avait échappé plusieurs fois la fois précédente. Elle serait plus prudente cette fois-ci.