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Messages - Yvelin

Pages: [1] 2 3 ... 11
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Haven / Re : Mettre des mots
« le: 24 juillet 2026, 12:33:27 »
Grave était-il vraiment le mot? Peut-être. Yvelin avait au contraire l'impression d'y avoir beaucoup gagné en maturité.

«Je n'ai pas besoin de promesses... après tout, elles n'engagent que ceux qui y croient. Et je ne suis pas plus trop certain d'en faire partie. Pas après...» Il déglutit. Malgré le temps qui s'était écoulé, il lui était toujours difficile de parler du rejet de son père. «Ce dont j'ai besoin là, c'est que tu me le montres, que tu m'aimes.» Il s'approcha de Micha et se pencha pour l'embrasser. «Et après, il faudra réfléchir à comment nous organiser pour ne pas menacer la vie que tu t'es construite.» Il l'embrassa encore. «Mais ça peut attendre un peu...»

[Sujet clos]

2
Haven / Re : Mettre des mots
« le: 24 juillet 2026, 12:30:45 »
«C'est que je préfère marcher les yeux grands ouverts...En tout cas, c'est ce qui me motive maintenant. Quant à avant... oui, tu as peut-être raison. Peut-être ai-je cherché malgré moi à tout faire pour que tu me repousses, parce que finalement, ça aurait été la conclusion logique à tout ça.»

Il se détourna légèrement pour agripper le dossier d'une chaise, comme pour se raccrocher à quelque chose.

«L'Orfèvre beau à en damner les Dieux et l'humble Barde... dans ma tête, ça ne pouvait que mal se finir pour moi. Je suis Barde, je sais comment se finissent les chansons une fois le dernier accord plaqué. Ou plutôt, je pensais le savoir.» Il chercha le regard de Micha. «Sans doute y a-t-il une sorte de plaisir malsain à se complaire dans le malheur. À espérer voir ses pires craintes se matérialiser. Eh bien, j'ai testé... et je t'assure que ça m'a fait passer le goût du drame. En l'espace de quelques jours, j'ai presque tout perdu de ce qui comptait: ma famille et toi. Heureusement, il me restait la musique...» Il soupira et baissa les yeux. «Je suis terriblement désolé, Micha.»

3
Haven / Re : Mettre des mots
« le: 24 juillet 2026, 12:28:17 »
Yvelin fit la moue. Au fond, Micha avait raison. Mais c'était une question bien plus compliqué qu'il ne semblait le croire. Si Micha pouvait se permettre une telle confiance, c'était parce qu'il était riche. Quand on avait grandi dans des environnements moins privilégiés, on apprenait à s'excuser devant des nobles. Peut-être pour qu'ils continuent de se sentir utiles, alors qu'en fait ils ne faisaient rien?

«Le seul sujet où je peux ne pas être modeste, c'est la musique. Si je vais chez une riche dame et que je ne m'excuse pas pour mon apparence ou mes cheveux ou mon manque de manière, je serai vu comme hautain, orgueilleux ou je ne sais quoi.» Il soupira. «Je comprends ce que tu dis, et tu as raison. Mais tu me demandes d'aller contre toute mon éducation. Et soyons objectif un peu: c'est tout petit ici, et tu es habitué à mieux. Moi aussi, en fait! Ma chambre au Collegium était mieux.»

Il baissa les yeux, hésitant à faire le commentaires qui lui trottait dans la tête. Finalement, il se décida.

«Est-ce que ça t'angoisse que je pointe nos différences de statut, de richesse, de tout, parce que tu préférerais les oublier? Si c'est le cas, alors je comprends.»

Au fond, Yvelin était peut-être réellement devenu adulte.

4
Haven / Re : Mettre des mots
« le: 24 juillet 2026, 12:26:32 »
Yvelin savoura la situation avec un brin de malice. Il voyait bien que Micha tentait de se contrôler, et il aurait bien aimé le taquiner à ce propos. Mais il l'avait invité pour discuter, avant tout. Autant se mettre à table à son tour.

«Comment vas-tu? J'espère que tu as trouvé facilement.» Il se retint de jouer nerveusement avec ses doigts. «C'est pas très grand, mais c'est chez moi... tu dois être habitué à mieux, je sais...»

5
Bardes/ Elèves Bardes / Re : [Barde] Yvelin
« le: 24 juillet 2026, 09:31:41 »
1486

Hiver
Le Cycle de l'Or - avec Micha et Kate
Mettre des mots - avec Micha

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Haven / Mettre des mots
« le: 24 juillet 2026, 09:30:31 »
Milieu de la 9e décade d'hiver 1486

Malgré le ciel gris, la température peu clémente et la pluie qui s'éternisait sur la ville, Yvelin avait l'impression que le monde s'était paré de mille couleurs. Micha l'aimait, et c'était la seule chose qui comptait.

Évidemment, une discussion était nécessaire entre eux. Ils devaient mettre les choses à plat, s'exliquer, comprendre leurs erreurs pour ne plus les commettre à nouveau. Prenant son courage à deux mains, Yvelin avait donné rendez-vous à Micha dans la petite chambre qu'il louait en ville. Ce n'était pas le plus prudent, mais il avait besoin d'intimité. Et l'immeuble disposait d'une entrèe arrière des plus discrètes.

L'heure du rdv approchait et Yvelin tournait en rond dans la pièce. Et même s'il se réjouissait de voir Micha, il ressentait une certaine appréhension.

Enfin, on toqua à la porte. Il alla ouvrir, le coeur battant. Micha était là. À peine avait-il refermé la porte qu'il l'enlaça.

7
Collegium des Bardes / Re : Le Cycle de l'Or
« le: 23 mars 2021, 17:23:17 »
«Je t'aime, Yvelin…»

Ces mots semblèrent raisonner à l'infini dans le couloir désert, rebondissant contre les murs et les portes dans un ballet qui faisait étrangement écho à la petite danse qu'esquissait le coeur d'Yvelin dans sa poitrine.

Avait-il le droit de pleurer? C'était ridicule, non? Pourtant il en avait envie. Il sentait les larmes mouiller ses cils et rouler sur ses joues. Il avait beau être Barde, il ne lui arrivait que rarement de pleurer… et plus rarement encore de bonheur.

Il ne parvint pas à articuler quelque chose de cohérent avant que Micha ne se lance dans une série de questions dont la reponse, unique, tenait en un mot.

«Ensemble… voilà où on en est.»

Et que personne ne vienne lui dire qu'il était incapable d'aller à l'essentiel.

Même si à peine avait-il prononcé ces paroles, qu'il regretta de ne pas avoir été plus explicite.


Quand Yvelin revint dans la salle, il avait les joues rouges et les cheveux ébouriffé... enfin, plus ébouriffé encore que d'habitude. Et surtout, il semblait rayonner de bonheur. Liselle remarqua immédiatement le changement. Elle le désigna du doigt avant de commenter à l'attention de Kate:

«Visiblement, ils se sont réconciliés.»
 

8
Collegium des Bardes / Re : Le Cycle de l'Or
« le: 19 mars 2021, 17:02:44 »
Sans trop savoir comment, Yvelin se retrouva dans les bras de Micha. Plusieurs pensées contradictoires l'assaillirent. Il s'inquiéta d'abord qu'on puisse les surprendre, et hésita donc à s'écarter. Mais il craignait que Micha ne prenne mal la chose, aussi n'en fit-il rien. Paradoxalement, il souhaita aussi que cet instant puisse durer… un temps certain, longtemps, toujours. Il remarqua aussi l'odeur particulière de son ancien amant, et cela lui donna envie de pleurer. Non parce qu'il était triste, mais parce qu'il avait l'impression, quelque part, de rentrer chez lui. Il sentit aussi son corps réagir physiquement à ce bonheur et en fut gêné. Il n'avait pas pensé à ça depuis des décades. Depuis qu'il avait été chassé de chez ses parents.

Pris dans ce maelström, il peina à répondre à Micha.

«Je prends vite des coups de soleil, tu sais…» C'était tout ce qu'il trouvait à dire? Il se sentit immensément stupide, et un fou rire le saisit. «Pardon, je voulais plutôt répondre un truc plus bardique, du genre :"L'ombre me va très bien si elle me permet de te voir".» Il rougit. «C'est peut-être trop… je… je ne sais pas trop…»

Il releva doucement la tête. Étrangement, même s'il le savait, il était toujours surpris d'être plus petit que Micha. Dans son esprit, l'orfèvre était toujours grand, séduisant, éminamment viril. En vrai c'était presque un dieu, tant il était beau. Mais un dieu de taille raisonnable. Un dieu que Yvelin mourait d'envie d'embrasser.

Ce qu'il fit.


«Vous vous moquez, mais Yvelin est passé par des moments plutôt difficiles. Il n'est pas doué, mais je crois qu'il a des circonstances atténuantes.» Liselle n'allait pas préciser lesquelles. Soit Kate était au courant, et elle comprendrait, soit elle ne l'était pas, et mieux valait donc que cela reste ainsi. «Et franchement, je sais que notre travail est de chanter l'amour, mais que les Dieux me préservent de tomber amoureuse. Passer du bon temps, volontiers, mais perdre toute capacité de réflexion, très peu pour moi!»

De fait, elle était déjà tombé amoureuse, un peu. D'Yvelin, justement. Et elle avait très vite réalisé (bien avant lui, en fait) qu'il n'éprouvait aucune attirance pour la gente féminine.

Malgré ses grandes déclarations sur l'idiotie de l'amour, Liselle avait assez envie de connaître un jour des joies de la maternité, comme on disait. Aussi était-elle assez curieuse à ce sujet.

«Je vous comprends... être constamment au centre d'attention doit être terriblement épuisant. Et j'imagine que votre époux est du genre trop plein de bonne volonté. Vous laisse-t-il encore monter et descendre les escaliers sans aide?»

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Collegium des Bardes / Re : Le Cycle de l'Or
« le: 18 mars 2021, 12:16:44 »
Que disait-on à un ex? Yvelin n'avait jamais entrenu de réelle relation avant Micha, et il n'avait que rarement revu ses anciens amants. Et surtout, que disait-on à un ex qui s'enfuyait en vous voyant? Yvelin n'était pas certain que ce soit très bon signe. Peut-être devrait-il respecter le souhait de Micha de rester seul et faire demi-tour?

Mais en même temps, il ne pouvait laisser passer cette chance… s'il ne se réconciliait pas ce soir avec l'artisan, cela n'arriverait jamais. Yvelin n'espérait rien de plus que cela. Une réconciliation, peut-être la possibilité d'une amitié, ou à défaut, d'une reconnaissance mutuelle. Car il ne pouvait prétendre à davantage… si?

Puis il le vit, seul, visiblement paniqué, et son coeur se serra. Avait-on le droit d'être aussi beau?

«C'était donc si mauvais?» Yvelin osa un sourire taquin, probablement un peu forcé. «D'habitude, dans ce genre de cas, on s'abstient de venir saluer l'artiste, non? Même si j'avoue que ça me fait très plaisir. Je… je n'étais pas sûr que tu viendrais. C'est ton droit le plus strict de ne plus vouloir me voir, et évidemment, je ne t'en aurais absolument pas tenu rigueur! Sache que je n'éprouve aucun sentiment négatif à ton égard, et que qu'importe ce que nous réserve l'avenir, ce fait ne changera pas.» Bizarrement, maintenant qu'il était lancé, il n'arrivait pas à se taire. «J'espère que tu n'as pas été gêné par mon discours. Je sais que notre histoire était un secret, et je n'aurais pas dû en parler, mais, tu vois, ça a tellement compté pour moi! J'ai tellement… grandi grâce à ça. C'est grâce à toi que je suis devenu celui que je suis ce soir, et c'est grâce à toi que j'ai pu composer une telle oeuvre!»

À présent, Yvelin parlait pour prolonger ce bref moment d'intimité. Il ne voulait pas que Micha reparte vers Kate, il voulait le garder pour lui encore quelques instants. Égoistement. Puérilement.

«J'espère que tu n'es pas fâché que j'aie remis mon grenat… il allait si bien avec ma tenue, et ça aurait été dommage…»

Incapable de s'arrêter de parler, il racontait tout ce qui lui passait par la tête…et il commençait à se sentir ridicule.


Liselle fut contente que Kate décide de ne pas se mêler des retrouvailles de Micha et Yvelin. Vu le complexe que ce dernier éprouvait par rapport à elle, il aurait été incapable de parler réellement à Micha.

«Il a eu besoin d'un peu d'aide pour y penser. Quand il s'agit de… de votre époux, Yvelin n'est pas toujours très dégourdi On ne peut pas dire que l'amour lui réussisse. Lui qui est si brillant en temps normal…»

Elle adressa un sourire complice à la future mère, puis répondit brièvement à la question muette d'un autre Barde, en levant le pouce. Elle reporta ensuite son attention sur Kate.

«Oui, je suis très fière, et soulagée. J'en avais marre de devoir le materner. Mais voyons le bon côté des choses. Si un jour je me retrouve mère, j'aurais déjà de l'entraînement.» Elle jeta un coup d'oeil au gros ventre de Kate. «J'imagine que vous devez avoir hâte que ce soit terminé? Et comment se passe… la cohabitation avec le futur père?»


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Collegium des Bardes / Re : Le Cycle de l'Or
« le: 09 mars 2021, 06:24:08 »
Yvelin n'avait jamais été le genre de Bardes devant lequel on se pâmait. D'une part, il n'écrivait pas le bon genre de musique. D'autre part, il n'était pas assez séduisant. Aussi fut-il un peu déboussolé quand il réalisa que lui aussi pouvait faire s'évanouir les dames. Ou en tout cas les bouleverser assez pour qu'elles aient besoin d'aide pour se relever. C'était aussi un genre de victoire, après tout.

Pour la première fois de sa vie, il avait le sentiment d'avoir accompli quelque chose d'exceptionnel et d'y être parvenu malgré les difficultés, les peines et la peur. Il n'avait aucune idée ce qu'il ferait le lendemain, mais ce soir, il savourerait son succès.

Évidemment, celui-ci ne pourrait être total que si Micha était présent et venait lui parler. Mais même sans cela, il saurait apprécier le moment. D'ailleurs, ses camarades Bardes se précipitaient sur lui pour l'entourer telle une garde d'honneur. Et on se pressait maintenant autour de lui pour le féliciter.

Rapidement, Yvelin fut aussi rouge que son costume. Il n'était pas habitué à recevoir des compliments. Et encore moins à les trouver mérités. Il ne put s'empêcher d'afficher un sourire radieux. Sourire qui se figea légèrement quand il fit face à Micha. Ce dernier avait l'air aussi surpris que lui de le voir là. L'artisan ouvrit la bouche, articula un mot et s'enfuit, laissant Yvelin totalement sans voix. Autour de lui, les plaisanteries fusèrent

«Encore un que tu as rendu muet. Franchement, c'est un beau succès!»
«Oui, tu vas bientôt égaler le record de Juna.»

Yvelin secoua la tête et se força à sourire.

«Oui... bien sûr.»

Que devait-il faire? Il avait bien envie de poursuivre Micha à travers la foule. Mais en agissant ainsi, il mettait en danger l'homme qu'il aimait. Car il n'y avait aucun doute à avoir, il l'aimait toujours. Il pensait l'avoir oublié, avoir éteint le feu de ses sentiments, mais, sous la cendre froide, la braise était encore brûlante.

Mécaniquement, il répondit aux diverses sollicitations, sans vraiment réaliser à qui il s'adressait. Puis un bras se passa autour de son épaule.

«Je vous l'enlève un instant, Yvelin doit aller saluer en privé un invité de marque...»

C'était Liselle. La douce et malicieuse Liselle. Elle avait tout vu, évidemment, elle qui couvait toujours Yvelin de son regard protecteur. Le vol de Bardes autour d'eux se perdit en conjectures.

«Un invité de marque?»
«Un amant?»
«Le Roi?»
«Mais non, sa mère... tu sais bien qu'elle ne peut pas être là officiellement!»
«Ah oui...»
«Vas-y Yvelin! On va diriger ce beau monde vers le buffet!»
«Ouais, vas-y!»

À peine surpris qu'ils soient tous en courant pour sa mère, Yvelin se laissa tirer par Liselle. Il salua au passage d'un air perdu les gens qu'il connaissait parmi la foule puis parvint enfin à s'extraire de la salle.

«Il est parti par là... enfin, je crois.»
«D'accord...»

Il resta figé.

«Bah file le rejoindre, abruti!»

«Ah oui...»

Il se mit à courir.

Liselle, elle, regagna la salle et s'approcha discrètement de celle qu'elle avait identifié comme la femme de Micha.

«Drôle de soirée, hein?»

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Haven / Re : Comédie urbaine
« le: 26 octobre 2020, 09:28:06 »
En son fort intérieur, Yvelin ne pouvait qu'approuver l'analyse de la jeune femme sur son propre caractère. Certes, lui aussi doutait parfois que la sagesse vienne avec les années, il avait vu bien trop d'exemple de vieux imbéciles engoncés dans des principes d'un autre âge. Mais au moins, à défaut de devenir plus sage, la plupart des adultes apprenaient à mieux se connaître et à compenser leurs défauts... mais pour cela au moins fallait-il les reconnaître comme tels.

«Il est plus facile de se montrer persévérant dans les activités que l'on choisit soi-même d'avoir. La discipline vient plus aisément quand personne ne nous l'impose, vous savez.»

Et il en avait été le premier surpris. Quand il était étudiant, Yvelin avait haï les cours d'autodéfense, et en général, toutes les activités impliquant un quelconque exercice physique. Il n'avait jamais pratiqué plus que le strict minimum à cette époque, juste de quoi ne pas être totalement ridicule. Mais pendant son année de Barde errant, il avait compris l'importance d'une bonne condition physique et s'était imposé de pratiquer presque quotidiennement les mouvements et les exercices qu'on lui avait montrés.

Owen, décidément, lui était antipathique. Comment un homme aussi détestable avait-il pu se retrouver marié à une femme aussi gaie que Fleur? Même si cette dernière était un peu idiote, au moins avait-elle l'esprit ouvert et curieux. Son mari, lui, semblait tout juste bon à s'empiffrer et à répéter sans grande conviction ce qu'on lui avait visiblement forcé à apprendre par cœur. Sans doute était-il trop stupide pour réfléchir lui-même à ces questions.

«C'est bien dommage, je trouve. Mais évidemment, je ne saurais prétendre connaître mieux que vous la complexité de l'apprentissage d'un chef de domaine. À peine ai-je quelques notions de gestion d'une fabrique de papier...»

Il offrit un sourire d'excuse pour l'immensité de son ignorance.

Yvelin était fier de lui. Aucune larme ne s'était invité sous ses paupières quand il parla de ses parents. Il avait réussi à dompter la souffrance pour qu'elle ne se manifeste que quand il avait du temps à lui accorder. Il adressa à Fleur un léger hochement de tête reconnaissant.

«Je vous remercie de votre accueil. Votre bonté n'a d'égal que votre beauté.»

Pour un Barde, il était facile (et presque contractuel) d'être charmant et flatteur, sans jamais réellement dépasser les limites de la bienséance. Ils n'étaient pas proprement formés à cela, mais vivement encouragés à s'y entraîner. Et pour Yvelin, comme pour d'autres, il était des plus aisés de ne pas outrepasser la morale. Après tout, il n'était pas réellement attiré par Fleur et ses paroles étaient vides de tout sous-entendu.

Faire parler une mère de ses enfants était un moyen simple d'occuper une conversation. Quelle mère n'aimait pas se vanter de son bébé? En cela, Fleur n'était pas différente d'une bourgeoise ou d'une paysanne.

«Quel parent l'est avec ses enfants? Et c'est un charmant travers.»

Malgré la bienveillance de Fleur, Yvelin commençait à se sentir légèrement mal à l'aise sous le regard de son imposant époux. Il n'avait pas envie de subir son inimitié, et le bruit constant de mastication commençait à l'agacer profondément.

«Je crois qu'il est temps que je m'esquive. Je ne voudrais pas abuser de votre hospitalité et de votre emploi du temps sans doute fort chargé.» Il se leva.«Je vous ferai parvenir les noms de quelques ménestrels ainsi que leur tarif pour la soirée. Avez-vous des désirs particuliers quant à la musique? Des œuvres chères à votre cœur, des compositeurs à éviter?»

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Haven / Re : Comédie urbaine
« le: 20 octobre 2020, 13:24:31 »
Yvelin prit mentalement note de parler de la fête à Liselle. Elle serait sans doute contente d'avoir un contrat supplémentaire, surtout dans une famille aussi aisée. Il lui faudrait aussi remettre au propre ses partitions pour pouvoir en faire copier une édition lisible par d'autres... du travail supplémentaire pour lui. Mais il le compterait dans ses gages.

La suite de la conversation prit un chemin des plus habituels pour Yvelin. Et Fleur réagit comme attendu, quand il fit la liste des instruments qu'il maîtrisait. Il négligea presque ostensiblement de répondre à Owen, qui de toute manière ne semblait absolument pas intéressé par la conversation, et adressa un sourire charmant à Fleur. Après tout, il était évident qu'elle était la tête pensante du couple, aussi absurde cela puisse paraître.

«C'est normal pour un Barde, vous savez. Après tout, nous nous consacrons corps et âme à la musique, et elle mérite d'avoir les serviteurs les plus diligents et habiles qui soient.» Il sourit. «Si vous appréciez le clavecin, pourquoi ne pas prendre un tuteur pour continuer votre formation? La musique forme les esprits, et il n'y a pas d'âge pour apprendre.»

Deux poncifs à la suite... Yvelin était en grande forme! Il lui faudrait éviter de fréquenter trop de nobles écervelés à l'avenir, où il risquait de perdre à jamais la capacité à faire des réflexions autre chose que convenues.

Owen, d'ailleurs, ne se laissait pas d'inspirer du mépris au jeune Barde. Sa manière de parler de la musique, comme si elle n'était qu'annexe et inutile, était particulièrement insultante quand on s'adressait à un Barde. Yvelin eut envie de le lui signifier d'une remarque mordante, mais il s'abstint. Après tout, l'homme était trop idiot pour comprendre une insulte savamment tournée, et lui-même avait dépassé l'âge de traiter les autres de noms d'oiseaux.

«La musique fait pourtant partie du cursus normal pour toutes les personnes de qualité se formant au Collegium. N'est-il pas essentiel pour un noble de connaître les grandes œuvres du pays? Et mieux encore, de les apprécier?»

Son ton était innocent et léger, mais n'importe quelle personne un tant soit peu entraînée aurait pu percevoir la note d'aigreur dans sa voix.

Malheureusement pour Fleur, le sujet qu'elle choisit pour poursuivre leur conversation était loin d'être idéal. Yvelin se raidit légèrement et ses doigts se crispèrent sur ses genoux.

«Mes parents sont des artisans qui n'ont guère le loisir de s'intéresser à la carrière de leur enfant. Je leur suis très reconnaissant de m'avoir laissé rejoindre les Bardes et je n'aurai pas l'impudence de leur réclamer davantage. D'autant qu'ils n'approuvent pas forcément mon... mode de vie.» Il se força à se détendre. «Mais je suis certain que vos propres parents sont ravis d'avoir une fille aussi raffinée et vive, ma dame. Et vos enfants sont réellement magnifiques.»


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Haven / Re : Comédie urbaine
« le: 05 octobre 2020, 09:04:11 »
Avec le temps, Yvelin avait appris à accepter les compliments… au moins quand ceux-ci concernaient sa musique. Il répondit donc à la remarque de Fleur d'un gracieux sourire.

«Je vous remercie Dame de Trevale.»

Il la laissa ensuite manoeuvrer son mari jusqu'à ce qu'il estime son intervention opportune. Elle avait un réel talent pour ça, c'était évident. Le pauvre imbécile n'avait aucune chance.

«Si vous désirez, je peux faire rédiger une partition pour vous, à mettre dans vos archives?»

Il aurait pu le faire lui-même, évidemment. Il était capable d'écrire élégamment si c'était nécessaire. Mais il y avait des scribes spécialisés pour réaliser de telles partitions. Yvelin n'avait aucune envie de leur voler leur travail. Et très honnêtement, il n'en avait pas le temps.

«Et je me réjouis de jouer pour vous. Avez-vous prévu un orchestre pour la fête? Si vous désirez, je peux vous recommander des ménestrels de talent qui sauront égayer la soirée sans accaparer l'attention de vos convives.»

Bien souvent les nobles s'entêtaient à engager des Bardes, persuadés que les ménestrels étaient indignes de leur rang. Pourtant ces derniers étaient bien plus adéquats dans la plupart des événements mondains. Qui avait envie de voir ses invités simplement incapables de détacher leur attention de la musique?

Yvelin se servit d'une mignardise qu'il tenta de tenir avec élégance. Il ne cesserait jamais de remercier son professeur d'étiquette pous tous ses bons conseils!

«Le luth n'est que mon deuxième "meilleur" instrument, en fait. J'ai une affection particulière pour le théorbe, mais celui-ci s'utilise surtout dans des ensembles et très peu pour accompagner la voix seul. Et sinon je maîtrise les petites percussions: tambourin, petit tambour, timbales… Et je peux tenir une partition simple à la flûte à bec, si je m'entraîne. Et vous, jouez vous d'un instrument, ma Dame? Et vous, sieur de Trevale?»

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Haven / Re : Comédie urbaine
« le: 30 septembre 2020, 12:41:45 »
Yvelin trouvait Owen encore plus ridicule que ce que les portraits qu'on avait dressé de cet homme laissait suggérer. Son imbécillité, sa fatuité, son contentement manifeste étaient tellement évidents que le jeune Barde devait usait de tout son art pour ne pas se moquer de lui. Pour se faciliter encore la tâche, il décida de ne s'adresser qu'à Fleur, à moins qu'Owen ne lui laisse pas le choix.

«Votre maison est idéalement située, et on sent que la décoration est du fait de quelqu'un doué d'un goût sûr et raffiné.»

D'une certaine manière, c'était facile de dire ce qu'on attendait de lui, surtout à quelqu'un comme Fleur de Trevale. Être charmant, admiratif voir flagorneur ne lui posait aucun problème, du moment qu'il n'en pensait pas un traître mot. Alors pourquoi était-ce si difficile de dire les mots attendus quand le cœur y était?

Il chassa cette pensée en sortant son luth de son étui. Il n'avait pas le temps pour se morfondre sur ses erreurs.

«Les bébés aiment la musique, c'est certain. Pour leurs jeunes esprits, elle est plus facile à comprendre que la voix et la parole. Car s'ils n'en comprennent les mots, ils perçoivent les émotions qui l'habitent.»

*Jargon pseudo-mystique de Barde: fait!* entendit-il Liselle murmurer à son oreille. Il retint un sourire en accordant son instrument.

«Voyons si ma musique saura les atteindre.»

Il entama l'introduction en reprenant la progression mélodique des couplets. Il avait choisi une musique plutôt solennelle, d'aucun aurait dit pompeuse. Mais il ne doutait pas un instant qu'elle soit du goût des deux parents, lesquels ne semblaient vivre que pour et par les ors de la cour.

♪Dans les terres à l'est où le jour naît,
La roche est dur, le vent tranchant,
mais le sol est riche et vivant
et l'eau chante en clapotis gais.

"Trevale je nomme ces lieux,
car ici meurent trois vallées,
formant cette plaine baignée
de lumière, bénie des Dieux."

Ainsi parla le premier père,
de cette famille réputée.
Puis après lui son fils aîné,
rendit cette terre prospère.

Chaque illustre enfant des trois vals,
reprit le flambeau et la quête,
Paix ou guerre, victoire ou défaite,
Rien n'entamait leur idéal.

C'est de cette illustre lignage
qu'Ambroise et Camélia sont nés.
Sous le regard de leurs aînés,
qu'ils reçoivent leur héritage.

De leur mère, nous leur souhaitons
de prendre la grâce, la beauté,
pour qu'ils ne cessent d'amener,
joie et gaieté dans leur maison.

De leur père, l'illustre lignée,
la rectitude, la noblesse,
pour qu'ils saisissent sans faiblesse,
le flambeau de leur destinée.♪



Il reprit la mélodie des couplets une fois encore puis plaqua les derniers accords.

«Je peux évidemment ajouter encore quelques couplets, si cela vous semble nécessaire.»

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Collegium des Bardes / Re : Une petite pause ~ Yvelin-Sou
« le: 23 septembre 2020, 09:36:52 »
Yvelin se demanda brièvement pourquoi la fillette pensait ne pas pouvoir être Élue. Sa réticence était inhabituelle pour une enfant de son âge. Certes, Yvelin aussi ne se serait jamais vu Héraut, mais il sentait que les motivations de Sou différaient largement des siennes.

En proposant qu'elle s'initie à la musique, le jeune Barde n'avait pas imaginé qu'elle suggérerait qu'il soit son professeur. Après tout, il n'avait jamais enseigné à quiconque.

«Si c'est ce qui te met à l'aise, pourquoi pas? Mais tu ne préférerais pas quelqu'un qui a l'habitude?»

Alors qu'il posait la question, il se rendit compte qu'il connaissait déjà la réponse. Sou était farouche, sans doute avait-elle du mal à faire confiance aux gens. Un professeur inconnu, c'était quelqu'un qu'elle risquait de rejeter, au détriment alors de son éducation. Et finalement, Yvelin avait eu plaisir à lui enseigner.

La question d'après suscita immédiatement la méfiance de la fillette. Celle-ci s'était raidie et sa voix sembla moins chaleureuse quand elle répondit. Yvelin lui sourit avec gentillesse.

«Tu as eu de la chance, alors. Et c'est rassurant de savoir que quelqu'un veille sur nous, non?»

Mais le moment était passé. Sou, tel un petit oiseau farouche, était sur le point de prendre son envol. Son excuse eut au moins le mérite d'être crédible et Yvelin ne s'en formalisa pas.

«Tu as raison. Et moi, je dois me remettre au travail. Cette composition ne va pas se faire toute seule!»

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