Auteur Sujet: [Fleur/Jehanne] Charité mal ordonnée.  (Lu 27 fois)

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Fleur de Trevale

[Fleur/Jehanne] Charité mal ordonnée.
« le: 28 juin 2020, 21:52:37 »
On ne pouvait pas dire que Fleur atteignait l'excellence dans de prestigieux domaines.
En revanche, quand il s'agissait des idées farfelues et/ou dangereuses, là, difficile de faire mieux. Ou pire, question de point de vue.

Fleur De Trevale s'ennuyait.
Elle avait replongé avec délice dans la vie mondaine de Haven après des relevailles express, mais la frénésie des débuts s'était vite calmée. Pas vraiment par sa faute, mais il fallait bien dire que les mondanités se faisaient plutôt rares ces derniers temps, et que les gens avaient tendance à penser que Fleur préférait rester chez elle en famille. Ce qui était stupide. Fleur désirait justement tout le contraire.
Et puis quand bien même, aller faire visite à la nursery lui prenait à peine plus d'une heure. Ce n'était pas qu'elle n'aimaient pas ses enfants loin de là, mais déjà, ils avaient des nourrices bien plus qualifiées qu'elles pour s'en occuper, et puis il y avait Owen.
C'était difficile pour elle de le voir avec les enfants dans les bras, les deux avaient en fait du mal à coexister dans son esprit. Pourtant, il agissait en tout point comme un père avec eux, en faisant même tellement plus que n'importe quel homme de sa condition. Elle aurait du se sentir soulagée. Elle n'y arrivait pas et préférait fuir sa maison.

De ses décades passées à Trevale, Fleur avait renoué avec une habitude qu'elle avait apprise comme toute jeune fille de bonne famille, les visites de charité. Ca avait été d'autant plus important qu'il fallait montrer aux familles travaillant sur les terres des Trevale que l'avenir était assuré et serai donc prospère.
De retour à Haven, elle avait mis ça de côté, mais l'idée était revenue alors qu'elle cherchait comment occuper ses journées.
Le problème, c'est qu'Owen avait refusé qu'elle le fasse. Visiter des maisons de paysans dans les terres qu'ils administreraient un jour c'était une chose, visiter la misère de Haven en était une autre - oui, parfois Owen avait des accès de bon sens. Le problème, c"est que Fleur entendait difficilement raison quand elle s'était mis une idée dans la tête. Et cette idée là était bien ancrée.

Janee, sa camériste, complice de toujours, avait aussi refusé de jouer un rôle là-dedans, trop soucieuse de la sécurité de sa maîtresse. Mais le hasard avait joué en sa faveur, et lors d'une sortie en sa compagnie, Janee avait croisé son amoureux caché, un jeune bourgeois, qui l'avait convaincu de venir passer quelque heure chez lui, sa jeune épouse étant sortie. Fleur l'avait encouragé, et s'était retrouvé tout à fait seule. Elle avait alors acheté un panier, puis quelques victuailles, et, tout à fait ridicule s'était aventurée vers les bas-fond de Haven. Elle avait profité sans le vouloir d'un roulement de garde pour passer les portes la séparant des cercles les moins distingués de Haven.
C'était là un endroit où elle n'avait jamais vraiment mis les pieds; tout juste traversé en partant dans sa famille ou à Trevale.
Elle avait l'impression que l'air s'était épaissi. L'odeur y était probablement pour quelque chose. 
Elle regarda autour d'elle avec angoisse,sans vraiment savoir où aller.
Elle raffermi sa poigne autour de son panier et pris une grande respiration - erreur - pour se donner du courage.

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Re : [Fleur/Jehanne] Charité mal ordonnée.
« Réponse #1 le: 29 juin 2020, 08:41:33 »
Alan n'avait pas réapparu depuis longtemps. On l'avait dit engagé dans une mission au sud, sans doute pour plusieurs décades. Aussi, quand il fit son apparition à la porte de l'Exil, il fut presque accueilli comme l'enfant prodigue. Presque. Alan n'était pas assez séduisant pour être accueilli comme tel. Il tenait davantage de la mauvaise herbe qui revenait, année après année, alors qu'on la pensait définitivement fanée. Ou arrachée.

Alan revenait de son précédent engagement une nouvelle épée au côté. Il se l'était payée grâce à sa solde. Il comptait bien l'exhiber avant de la ranger bien précieusement dans ses affaires. En ville, il préférait porter des dagues. C'était plus discret, et bien plus adapté aux accrochages dans les ruelles étroites de la basse-ville. En général, on le laissait tranquille, mais il arrivait que des gens fraîchement arrivés le prennent pour une cible facile. Grossière erreur. Alan maîtrisait à la perfection le style de combat de la rue. Et si vraiment il se trouvait en difficulté, il ne rechignait pas, contrairement à d'autres, à appeler la Garde.

Pendant son absence, rien n'avait changé. Tout était pareil. Les mendiants occupaient les mêmes porches, bien en vue, les prostituées les mêmes allées, les nobles armées d'un panier les mêmes rues... Les nobles? Alan n'en croyait pas ses yeux! Qu'est-ce qu'une de ces godiches de nobles faisait dans son quartier? N'avait-elle pas conscience du danger? Certes, en journée, il ne risquait pas de lui arriver grand chose, mais on ne savait jamais. Elle représentait une belle cible, et certains auraient du mal à résister, même avec les patrouilles de gardes.

Alan savait où était son devoir. Mais il n'avait aucune envie d'aider la jeune femme. En tout cas pas gratuitement. Il hésitait encore sur la conduite à tenir quand il vit un tire-laine, le jeune Willy, s'approcher l'air de rien de la jeune noble pour lui voler sa bourse. Alan soupira longuement, et, maudissant son complexe du sauveur,  attrapa le jeune délinquant au collet. Il héla la jolie noble.

«Hela, M'dame! J'crois qu'vous avez égaré un truc...» Il secoua Willy qui se débattait. «Allez, gamin. Cette fois t'as raté ton coup. Rends-moi ça.

«'Tain, Alan, tu fais chier! En quoi ça t'concerne qu'je vole c'te dinde? Sérieux quoi!»

«Ça m'concerne que si tu voles celle-la, tu peux et'sûr qu'demain y aura plein d'gardes partout parc'qu'elle s'ra allé s'plaindre au roi. Et j'ai pas b'soin d'ça. J'ai envie d'pouvoir bosser peinard. Et toi aussi.»

Willy soupira et tendit la bourse durement gagnée. Alan savait qu'elle n'était pas la seule en sa possession. Mais il n'était pas garde. Ce n'était pas son travail de lui faire vider ses poches. Et le môme aussi devait manger. Il libéra Willy et celui-ci s'éloigna rapidement.

Alan se tourna vers la jeune noble et lui lança sa bourse.

«Faut faire gaffe à vos affaires, m'dame.» Il s'approcha en lui adressant un sourire canaille, largement rehaussé par son horrible cicatrice à la lèvre. «Vous faut p'têtre un guide, m'dame? J'suis plus tout jeune, mais on m'respecte ici. Ou c'est qu'vous voulez vous rendre? Contre une pièce ou deux, j'vous mène où vous voulez!»

« Modifié: 29 juin 2020, 18:25:44 par Conteur »

Fleur de Trevale

Re : [Fleur/Jehanne] Charité mal ordonnée.
« Réponse #2 le: 29 juin 2020, 17:44:53 »
Qui aller voir en premier ?
Qui privilégier ?
Le problème, quand on agissait sur un coup de tête, c'est qu'on ne savait absolument comment réagir face à l'imprévu. Et toute cette scène, ces gens, ces bâtiments lugubres en ruine, ces odeurs, cette détresse palpable, Fleur n'y était pas préparée.
Elle n'eut pas eu le temps de réfléchir plus encore qu'un illustre inconnu agita sous son nez un gamin braillard et pouilleux qui la fit reculer d'un pas. Plus si elle avait pu, mais un mur délabré lui barrait le chemin inverse.
Elle du du mal à comprendre de quoi il en retournait tant que les deux protagonistes avaient un accent populaire prononcé. Puis l'enfant disparu dans une envolée de juron.
Stupéfaite, Fleur attrapa sa bourse en manquant la rater et la laisser tomber. L'homme qui était venu à son secours lui inspira un dégoût immédiat. Pour rien au monde elle ne l'aurai choisi pour guide. Mais il lui avait rendu sa bourse. Qui était pleine d'argent. Un bel appât pour un tel énergumène. Se pouvait-il qu'il fut honnête ?
Elle balbutia :

"Je ne sais pas, je... je voulais, voudrais... aider."